Jeux d’antan #5 : Les années 90′ (2/2)

On se retrouve aujourd’hui pour continuer notre folle aventure au travers des années 90’. Lors de notre dernière séparation (poignante), nous venions à peine de mentionner Blizzard Entertainment concernant le jeu vidéo à proprement parler, et n’avions parlé que de la Mega Drive et de la SNES en termes de consoles. Nous reprenons donc notre Voie précédemment empruntée pour parler en premier lieu de ces tentatrices du living room. Et comme nous sommes loin d’en avoir fini avec elles, je vous suggère de ne plus perdre un instant.

Lors du dernier épisode, j’avais omis de vous parler d’un projet ambitieux commencé en 1990 impliquant Nintendo et Sony. Effectivement, le père de Mario souhaitait développer plus avant sa Super Nintendo en implémentant un système en plein essor pour l’industrie vidéo-ludique à l’époque ; une extension permettant un nouveau support de jeux : les CDs. Les deux firmes travaillent de concert pour introduire la « play-station extension » (PSX) sur le marché ; avec pour but ultime d’en faire un accessoire phare de la Super Famicom. Cependant, Nintendo décide de mettre un terme à cette collaboration, jugeant que de trop nombreux problèmes entachent le projet : les chargements trop longs et la protection difficile des CDs contre le piratage, entre autres. Après ce choix tout à fait judicieux, ils laissent donc le projet entre les mains de Sony. Il va sans dire que ce dernier, n’ayant aucune envie non plus d’avoir « balancé du flouze » par les fenêtres pour rien, va joyeusement se lancer dans la conception de sa propre console… Vous la voyez arriver la chute ?

(Petit aparté : Nintendo s’associera ensuite à Philips pour ce fameux support CD. Et bien que l’entreprise fut également un échec, le contrat prévoyait l’édition de trois jeux Zelda par Philips… Qui sont aujourd’hui élevés au rang d’incontournables de la CD-i ; mais pas pour les bonnes raisons.)

PSIcons

Ça fait des Chocapics

En 1994, Sony sort sa maintenant célèbre « PlayStation ». Et paf, Nintendo s’en mord les doigts, je peux vous l’assurer. Surtout que le démarrage de la première console de l’entreprise tokyoïte sera un franc succès. Et la sortie de nombreux jeux, tel que « Final Fantasy VII » par Square, qui était jusqu’alors fidèle à Nintendo, ne fera qu’accentuer lourdement cet effet. En 1995, Nintendo, dans un projet visionnaire et totalement abouti, reprendra la mainmise des marchés en sortant un bijou de technologie qui révolutionnera à jamais l’industrie vidéo-ludique : le « Virtual Boy ». Non je plaisante. Cette console sera en réalité la console la moins vendue de l’histoire de Nintendo. En effet, bien qu’elle soit la première tentative historique d’implanter les jeux en réalité virtuelle dans les foyers, elle sera un échec tout à fait retentissant pour plusieurs raisons. Le système de jeu est peu ergonomique, la « VR » (Virtual Reality) est relativement mal developpée, l’affichage n’est que bicolore, le hardware est sous-exploité – nous étions sensés pouvoir nous infliger nausées et autres maux tout à fait sympathiques en multijoueur, ce qui n’a jamais été implanté ; allez savoir pourquoi – et finalement, il n’y a eu que 22 jeux différents sortis sur ce support.

Pendant ce temps, Sega travaille également d’arrache-pied pour sortir sa console de cinquième génération. La « Sega Saturn » sortira alors la même année que la PlayStation et sera un succès commercial retentissant au Japon. (À noter que cette console usant aussi du support CD est sortie légèrement avant la console de Sony.) Néanmoins, du fait de son architecture complexe, peu d’éditeurs se lanceront dans la programmation de jeux, et Sega eux-mêmes n’arriveront pas à sortir un opus de la série Sonic pourtant annoncé. En Europe et aux USA, la Saturn peine à s’imposer sur les marchés face à la PlayStation et n’engrange de réels bénéfices que grâce à « Virtua Fighter », jeu iconique de bagarre à l’époque qui pousse à l’achat de la console 5G. Mais ! Si Sega arrivait encore à garder la tête hors de l’eau, c’était sans compter sur notre cher ami Nintendo qui ne se privera pas d’enterrer joyeusement l’espérance commerciale de la Saturn.

Lego64
Une Nintendo 64 reproduite en Lego (moi aussi je bave)

Joyau de technologie à la manette destinée aux êtres possédant trois membres supérieurs, la « Nintendo 64 » fera son apparition pour le plaisir des joueurs en 1996. Malgré cette sortie tardive pour une console de cinquième génération, celle-ci rentrera tout de même dans ses frais en vendant environ trente million de consoles à travers le monde durant sa production. C’est trois fois moins que la PS1 (qui, la même année, aura droit à sa mascotte « Crash Bandicoot »), mais trois fois plus que la Saturn. Évidemment, les joueurs n’achètent pas la Nintendo 64 pour l’ergonomie de sa manette, mais pour les jeux qu’elle propose : « Super Mario 64 », « GoldenEye 007 », « Banjo-Kazooie », « Mario Kart 64 », « Zelda : Ocarina Of Time » (ça faisait longtemps) et j’en passe et des meilleurs. Force est de constater que malgré le choix de Square de cocufier Nintendo en s’ébattant follement avec PlayStation, ce premier n’est pas en reste bien que la N64 soit considérée aujourd’hui comme un semi-échec (j’aurais dit semi-succès mais bon, ça c’est ma nature optimiste).

Cependant, ce n’est pas sur le front des consoles de salon que Nintendo va frapper son plus grand coup lors de cette année 1996. Vous le savez sûrement, la célébration des vingt ans de cette licence a fait le tour de la planète cette année ; je parle bien sûr de Pokémon ! C’est alors qu’une console portable qui, rappelez-vous, était sortie sept ans plus tôt, va devenir le centre d’attention d’un nombre incalculable de joueurs. La Game Boy fera son grand retour grâce aux compagnons en « poké balls » et aura même droit à un petit coup de pouce au niveau du hardware avec la sortie de sa fille en 1998 : la « Game Boy Color ». En effet, je suppute que bon nombre d’entre nous avions acheté simultanément Pokémon (rouge !) et la « GBC » lorsque nous étions plus jeunes. De ce fait, la société de développement de jeux vidéo Game Freak et ses Pokémon deviendront, grâce au monde qu’ils ont créé, un pilier fondamental du succès de Nintendo ; et c’est encore le cas aujourd’hui (coucou Sun et Moon).

SegameOver

Pour clore le sujet des consoles, il me faut maintenant vous parler tristement de la dernière machine de salon de Sega : la « DreamCast ». Première console de sixième génération commercialisée, elle sera également la première à inclure directement un support de jeu en ligne. En effet, la DreamCast est livrée avec un modem permettant sa connexion à internet. Celle-ci comprend également des fonctionnalités inédites au niveau du hardware : manettes avec écran LCD et gâchettes analogiques, lecteur GD-ROM six fois plus rapide que le lecteur CD de la PS1 et protégé contre le piratage, moteur graphique puissant et CPU 128 bits. Et là, on se demande pourquoi ça n’a pas marché. La raison est simple, les grands éditeurs de l’époque n’ayant pas soutenu la DreamCast, celle-ci n’aura de cesse d’essayer de combler elle-même ses lacunes : Sega Sports face aux jeux de sport d’Electronic Arts par exemple. Son lancement à proprement parler n’est pas un échec, puisque durant l’année 2000 elle battra les ventes de la N64, mais Sony s’arrangera (très bien) pour mettre un terme aux rêves de Sega en sortant la PlayStation 2 quelque temps après. De plus, cette dernière était très attendue des joueurs puisqu’elle allait être plus puissante et intéressante au niveau de ses jeux. Après la DreamCast, Sega ne sortira plus jamais de hardware et se retirera définitivement du marché des consoles. (R.I.P)

Du beau monde sur nos écrans

Afin de terminer sur une note plus positive, nous allons maintenant nous étendre sur les jeux vidéo à proprement parler. Il serait bien évidemment trop fastidieux de nous intéresser à toutes les sorties phares de ces années, c’est pourquoi nous allons simplement parler des jeux plus ou moins Che Guevaresques révolutionnaires.

WoM

Parlons tout d’abord de la popularisation d’un genre qui va persister et s’épanouir durant les années suivantes jusqu’à nos jours : le MMORPG (Massive Multiplayer Online Role-Playing Game, ou Meuporg). En 1997, Electronic Arts et Origin Systems sortent « Ultima Online ». Celui-ci n’est pas le premier MMO, loin de là, mais sera en effet le premier à être réellement populaire. Par conséquent, il va créer un marché émergent qui aujourd’hui foisonne d’univers tous plus riches les uns que les autres. À noter que l’univers médiéval fantastique d’Ultima Online est toujours accessible ! Même mieux, il est toujours mis à jour et régulièrement amélioré. Une prouesse tout à fait intéressante pour un jeu qui fêtera ses vingt ans l’année prochaine, surtout au vu de la concurrence énorme à laquelle il doit faire face de nos jours. (Attention, les graphismes n’ont pas vraiment changé depuis ; ça pique les yeux quand même.)

Nous avions également parlé de Point & Click dans l’article précédent, et LucasArts, géant du domaine à l’époque, va à nouveau apporter du neuf au genre. En 1998 paraît « Grim Fandango », jeu d’aventure où les personnages sont alors modélisés en 3D sur décors fixes. Il ne s’agira plus là d’un Point & Click traditionnel dans le sens où cette fois-ci on contrôle le personnage afin qu’il interagisse avec son environnement. Malgré cette nouvelle approche du genre, le jeu d’aventure perd en vélocité et sera vraisemblablement mis de côté durant une certaine période. Néanmoins, la compagnie « Telltale » reprendra le flambeau en tant que noble descendant en 2004 (des membres de l’équipe de Grim Fandango, entre autres, y travailleront).

Toujours en 1998, un nom incontournable du jeu vidéo sera alors finalement connu du grand public en renouvelant une licence phare de l’univers vidéo-ludique. Effectivement, Hideo Kojima créera le jeu d’infiltration à proprement parler avec « Metal Gear Solid ». Là où les précédents opus posaient les bases de ce genre, ils n’en étaient pas moins plus proches des jeux d’actions ; c’est réellement avec MGS que les mécaniques propres à l’infiltration verront le jour sur PS1 et PC (et ce en 3D pour la première fois de la licence).

Et pourquoi quitterions-nous déjà cette extraordinaire année 1998 alors qu’elle a encore quelques surprises à nous offrir ? (C’était rhétorique, ne cherchez pas de raisons…)

Diablo

Elle vous avait manqué ? Eh bien ne vous inquiétez pas, le moment où on reparle de la firme Blizzard, c’est maintenant. Comme si le halo de succès qui entourait déjà la compagnie américaine ne suffisait pas, en 1998 (vous l’aurez compris) le papa de WarCraft sort l’un après l’autre « Diablo » et « StarCraft ». (En réalité, le premier est sorti en 1997, mais son expansion à d’autres plateformes et sa diffusion accrue par son extension fin 1997 auront lieu l’année suivante.) Diablo est un « hack’n’slash » (taille et tranche ; oui c’est moche en français) genre qui se popularisait à l’époque. Et c’est sans surprise que le monde léché et complet de Blizzard fait un carton, de par son mélange entre jeu de rôle, aventure et heroic fantasy ainsi que son ambiance viscérale. Dans le même temps, StarCraft continue sur la lancée des RTS proposés par WarCraft en prenant cette fois-ci le parti de la science-fiction militaire. Celui-ci aura un impact considérable tant dans son propre genre qu’au niveau culturel et e-sportif. Saviez-vous qu’une copie de StarCraft avait été emmenée dans l’espace en 1999 à bord de la navette Discovery ? Moi non plus.

Dans le même temps, un autre RTS aujourd’hui connu de nombreux joueurs fait son apparition : « Age of Empires ». Celui-ci, à l’inverse de StarCraft, se passe dans un monde passé et est axé sur les grandes civilisations nous ayant précédées. Ensemble Studios, son créateur, prospérera d’ailleurs durant de nombreuses années au travers des opus subséquents ainsi qu’avec les RTS « Age of Mythology » et « Star Wars: Galactic Battlegrounds ». Le premier se basant sur les différentes mythologies des temps anciens et le second … bah… sur Star Wars.

Duck Hunt (1984) – Nintendo ft. mes talents de graphiste
Duck Hunt (1984) – Nintendo ft. mes talents de graphiste

Et… Cette décennie touche à sa fin. Enfin, comprenez-moi bien, elle est déjà terminée, mais dans la diégèse de cette chronique, elle vient de s’achever. Cela veut dire qu’en réalité, elle fait déjà partie du passé. Mais du point de vue de… Quoi ? Comment ça je m’égare ?

Vous connaissez la chanson, mais on ne s’en lasse pas : je n’ai bien évidemment pas pu dire toutes les avancées et nouvelles choses inhérentes aux années 90’ dans ces deux articles qui leurs sont dédiées. (Si j’ai donc omis de parler de quelque chose qui vous est cher : maudissez-moi, conspuez-moi, mais pardonnez-moi.) Pour être exhaustif il faudrait, au minimum, un article par genre et par console. C’est pourquoi je vous invite à suivre ma prochaine chronique en 217 parties vous renseigner par vous-même sur l’histoire des jeux vidéo dans son ensemble, elle est très riche et pleine d’anecdotes fort sympathiques !

Cette chronique est maintenant achevée. Elle fut riche en découvertes et redécouvertes pour ma part et j’espère qu’il en a été de même pour vous ! J’y ai pris beaucoup de plaisir, et il se peut même que je la continue un jour lorsque les années 2000 seront suffisamment éloignées pour qu’une petite piqûre de rappel s’impose ! En attendant, je vous laisse vivre vous-même la magnifique histoire des jeux vidéo et vous dis à bientôt, lecteurs maintenant larmoyants de désespoir au vu de la fin poignante de cette chronique. (snif)

Syskel

 

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