La Mine de Sel #1 : Le Commencement

Oyez Oyez chers lecteurs ! Qu’est-ce que cela ?! Qu’est-ce donc que ce titre catchy digne d’un blockbuster hollywoodien ?! Quelle-est cette rubrique aux premières lignes douteuses sur ce « sérieux » site de culture vidéo-ludique ?! Sans plus vous faire languir, je vous souhaite, mesdames et messieurs, la bienvenue dans ce premier numéro de votre rubrique mensuelle intitulée « La Mine de Sel » ! Mais attention, je vous vois, vous, devant votre écran en train de froncer les sourcils et de vous demander où vous avez bien pu finir en vous baladant sur l’internet. La question que vous vous posez sûrement en ce moment est : « Mais qu’est-ce que cette histoire de mine de sel et qui est donc cet homme qui prétend nous divertir ? ». Afin de répondre efficacement à cette interrogation tout à fait pertinente, je me dois de faire une genèse de ce grand projet…

La première chose à savoir, c’est qu’il existe un running gag à mon sujet : je serais, selon une rumeur populaire, la plus grande source de sel que l’internet ait connu. Cependant, je vous vois venir petits coquins que vous êtes…  « Mais diantre, de quoi parle-t-il ?! Pourquoi du sel ? ». Attendez, je vais vous expliquer. Pour ceux d’entre vous vivant dans une grotte, n’ayant pas joué à un jeu multi-joueur depuis l’an 2000 ou bien n’ayant jamais mis les pieds sur TwitchTV, je vais désormais procéder à une traduction.

« Sel », ou bien le fait d’être « salé » est une traduction littérale de « salt » ou bien « to be salty » en anglais. Cette expression, héritée de la communauté des jeux de combats, est utilisée aux quatre coins de l’Internet pour désigner quelqu’un « d’émotionnellement atteint ou blessé par une certaine circonstance ». Les cas les plus fréquents de cette pathologie, faisant transpirer de la saumure en grande quantité à travers le monde, sont simplement des réactions de « rage » ou de « jalousie » découlant de parties endiablées de jeux vidéo. Grâce à cette sublime terminologie, la communauté gaming donna naissance à des appellations spécifiques encore plus alambiquées concernant quelques jeux ou domaines spécifiques. Ainsi un jeu comme League of Legends devint pour beaucoup « l’Empire du sel », dû principalement à sa communauté riche en vils rageux jamais en manque d’insultes sur les mamans des autres.

A présent, vous allez me dire « Mais…ça veut dire que toi aussi tu fais partie de cette caste d’hommes odieux, au sang cristallisé tant il est riche en chlorure de sodium ? », ce à quoi je répondrais : pas exactement. Si mes amis et partenaires de jeu m’appellent littéralement « La mine de sel » (au point où c’est même devenu mon pseudo sur Discord), c’est effectivement à cause de ma tendance à vite perdre patience face aux joueurs « tea-baguant » mon cadavre et me hurlant « GIT GUD » (get good – deviens bon) dans les oreilles. Cependant à la différence de beaucoup, j’ai pris un jour la décision d’assumer cette part de moi-même et d’en rire. C’est donc ainsi que le running gag s’installa et que ma chambre devint pour beaucoup une saunerie et mon ordinateur une salière.

C’est donc dans une volonté d’autodérision et de partage de mon expérience dans le domaine qu’un jour j’ai décidé d’écrire cette rubrique dans laquelle je vous raconterai chaque mois mes anecdotes les plus salées afin que l’augmentation de pluviométrie découlant de vos larmes de rire liquéfie un peu ces cristaux qui m’empêchent de me déplacer agilement au quotidien (sans déconner ça commence à faire mal…). Je vous invite donc à plonger dans l’obscurité et la moiteur de la mine avec moi pour parler de notre premier sujet créant des piscines de saumure dans ma chambre : le butin dans les jeux vidéo.

 Le Butin dans les jeux vidéo :

Pour ce premier numéro je voulais commencer par une thématique facile, certains diront même « évidente ». En effet, le butin, ou « loot » en anglais, est une source de discorde absolument illimitée dans le monde du gaming. Qui n’a jamais été atteint par une pique de jalousie à l’encontre d’un autre joueur à cause de l’objet absolument incroyable qu’il venait d’obtenir sur un boss ? Qui n’a jamais insulté son ordinateur, dégoûté d’une probabilité trop faible selon lui d’obtenir l’item de ses rêves ? Qui n’a jamais versé des larmes délicieusement salées à la vue du contenu minable de sa « lootbox » si durement acquise au travers d’un farming intensif ? Je vous le dis, absolument personne ! Oui, je te vois toi au troisième rang, recroquevillé sur toi-même, dans ton déni, murmurant à voix basse des mots haineux à mon encontre et ruminant tes heures perdues sur Counter-Strike à chercher ce camouflage d’arme digne de Xxx_DarkSasukeDu19_xxX ! Je sens le mensonge dans ton regard… Sache que on ne la fait pas à un vétéran du domaine comme moi !

Pour illustrer le problème du butin, quoi de mieux que de faire appel à un éditeur de jeux vidéo qui aime bien jouer avec nos sentiments sur le sujet ? Mesdames et messieurs, je vous présente Blizzard Entertainment ! Avant toute chose, très cher « community manager » de Blizzard qui tombe sur mon article par hasard sur le lolternet, je tiens à signaler que je n’ai rien contre votre entreprise. Au contraire, j’adore les jeux Blizzard ! Nous adorons tous les jeux Blizzard ! Cependant, c’est bien au sein de mes jeux préférés que mon sel a vu le jour.

Pendant longtemps, mon problème fut le fameux « drop-rate ». Sur les premières franchises multijoueur à succès de Blizzard ; World of Warcraft et Diablo, et comme dans tout bon jeu du même style, les ennemis lâchent en mourant des objets correspondant à différents niveaux de rareté. Cependant, plus la rareté augmente, plus les chances d’obtenir l’objet diminuent. Ainsi, je perdis à l’époque beaucoup d’heures à tuer les mêmes boss afin d’obtenir une magnifique pièce d’équipement surpuissante pour mon personnage. D’ailleurs, une expérience en particulier m’a marqué concernant le sujet. Ce fut ma frustration lorsqu’un jour, combattant le dernier boss d’un donjon sur WoW, pour la 35ème fois d’affilée, je vus pour la première fois tomber l’objet de mes rêves : une magnifique épée enflammée légendaire. Avant de vous raconter le dénouement de ce jour où mes pupilles brillaient tant on aurait dit un concert de David Bowie pendant les années 80, je vous dois quand même une précision vis-à-vis du contexte de ce « run » de donjon…  Il y avait dans notre groupe un joueur dénué d’expérience, faisant pour la première fois le donjon et « spammant » le chat de demandes de conseils pour ne pas mourir au moindre combat. La justice aurait voulu que ce joueur soit puni pour le nombre de fois qu’il était mort dans ce donjon, ignorant totalement nos conseils et réussissant encore à se plaindre. Qui eut cru que ce paladin elfe de sang, plus ridicule qu’un pangolin bicéphale manchot enroulé dans de la mortadelle, aurait commis le crime… le plus infâme de l’histoire ! Imaginez ma lourde respiration lorsque je vis dans le chat, après avoir cliqué sur le bouton « besoin » du « loot-meter », que ce petit sagouin inutile était la seule autre personne du groupe à avoir fait exactement la même chose ! Dans cette situation, essayant de garder mon calme je me dis « relax, tu as fait 35 fois ce donjon, les dieux de la chance sauront te récompenser justement » ou bien encore « ce scrub n’a aucune chance de t’égaler ». Évidemment, mes prières ne furent pas entendues et quelques secondes plus tard, je vis les dés tomber au ralenti tels des gouttes de saumure dans mon verre déjà trop plein et l’épée s’échapper de mes mains pour se loger dans la bourse de ce maudit noob faisant pour la première fois le donjon ! Je censure à présent la suite des événements afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes mais… ASDIFNAPISDHFPOAJISDNGOIAJDOFIGJBPISHPBIA !!!!!

*ouvrant les yeux d’un coma de plusieurs mois par excès de rage *

Jour 251 : J’aperçois enfin une lumière au bout du tunnel, serait-ce une issue après autant de temps passé à ramper dans ces cavernes aux cristaux coupants comme des rasoirs… ?

Ah oui, pardon, j’ai oublié de vous prévenir. Il m’arrive de divaguer quand je m’énerve… un peu… juste un peu. Enfin, pour conclure sur le sujet du « drop-rate », qui est une thématique encore courante de nos jours ; notamment lorsque des gens, comme mon amie Candy (à qui je fais une petite dédicace suivie de petits gestes sympathiques), obtiennent exactement le même pistolet que moi sur Borderlands 2 avec comme seule petite distinction, 10000 points de dégâts de différence !!!

Bref, si j’en reviens à mes moutons, après cette belle époque riche en NaCl vint un nouvel âge. Celui des « lootbox ». Blizzard, encore une fois expert dans le domaine, introduisit ce magnifique principe dans deux de leurs jeux les plus récents : Hearthstone et Overwatch. Dans ceux-ci, le principe de la « lootbox », commun à beaucoup de jeux, se fait particulièrement ressentir. Ce principe consiste à fournir comme récompense aux efforts des joueurs des « boites » dans lesquelles les joueurs peuvent obtenir cinq objets de raretés différentes parmi plusieurs centaines. Souvent, au-delà d’être des récompenses pour un passage de niveau ou autres, ces « lootbox » sont aussi achetables avec de l’argent réel. Les développeurs profitent donc ouvertement de notre envie irréfrénable de « pimper » nos personnages ou d’avoir la magnifique carte légendaire de la nouvelle extension pour se doucher dans notre argent. Mais là n’est pas le problème. Les choses se corsent au moment où vous vous dîtes que vous avez de l’argent à gaspiller et que vous décidez de claquer 50.- pour acheter une cinquantaine de boîtes à objets, tout cela ayant pour but de récupérer un objet en particulier sur environ 500… L’exemple le plus récent qui me vient en tête est ma tentative, en octobre dernier, d’obtenir une apparenec alternative pour notre doctoresse suissesse préférée d’Overwatch : Mercy.

Blizzard, dans sa grâce, avait lancé un événement Halloween sur Overwatch et avait fourni ce magnifique jeu en nouveaux skins plus effrayants les uns que les autres. Cependant un seul attira mon regard avide de bling : le sublime skin sorcière de Mercy, avec son chapeau, son balai et… ses arguments… convaincants. Du coup, je me suis dit : « et si j’achetais cinquante boîtes histoire d’avoir 75% de chances d’obtenir ce que je veux ?! », « c’est sûrement une super bonne idée ! ». Cette situation est absolument parfaite pour vous décrire les quatre étapes de la naissance du sel telle que je la conçois.

Étape 1 : La Hype

À ce moment-là vous êtes tout excité. Vous saisissez votre code de carte bancaire, vos pupilles miroitent et vos papilles salivent à la vue de ce « 50 » marqué en dessous de cette petite boite blanche bien innocente à vos yeux. En apercevant l’animation d’ouverture de la boîte, fruit d’années de recherches en marketing, vous vous sentez bien, vous vous sentez riche. Rien ne pourrait mal se passer après tout, les probabilités sont en votre faveur.

Étape 2 : Le Doute

Vous avez ouvert 25 boites. Parmi elles, 2 skins légendaires. Cependant ce ne sont pas ceux que vous vouliez. Vous vous dîtes qu’il reste encore la moitié des boites, que tout devrait bien se passer et que les probabilités sont encore en votre faveur. Cependant, vous commencez à avoir quelques sueurs froides et vous vous demandez si vous n’auriez pas du mieux écouter en cours de maths…

Étape 3 : Le Regret :

Vous avez ouvert 45 boites. Depuis la dernière étape vous avez ouvert deux skins légendaires. Evidemment, ce sont des doublons des ceux que vous aviez déjà obtenus. Il vous reste une lueur d’espoir car vous avez lu sur un forum qu’il est possible d’avoir plus de légendaires que ce que vous avez déjà. Cependant une réaction chimique se produit en vous : chlore et sodium s’assemblent tandis que des larmes coulent le long de vos joues. Vous essayez de prier le Saint Jeff Kaplan de bien vouloir vous accorder sa miséricorde mais au fond de vous, vous êtes déjà résigné. Le sel s’empare de vous et tandis que vous convulsez devant votre ordinateur, tel un flagellant devant un inquisiteur au Moyen-Âge tentant de vous repentir de vos pêchés.

Étape 4 : Le Déni :

Vous ne faites plus qu’un avec le sel. Les routes de montagnes en hiver sont jalouses de vous. Vous vous demandez comment tout cela a bien pu arriver. Vous refusez votre destin et maudissez tous les développeurs d’Overwatch en regardant le nombre de nouveaux sprays dans votre bibliothèque de héros qui auraient pu être le skin légendaire de vos rêves. Pourtant, vous savez au fond de vous que votre mal-être actuel est une conséquence directe de vos actes irresponsables. Finalement, vous essayez de vous convaincre que l’argent que vous venez de jeter dans le gouffre de vos erreurs passées servira à faire plus de contenu pour votre jeu vidéo préféré et qu’au fond vous n’êtes qu’un généreux donateur et que vous ne venez absolument pas de claquer votre budget de sorties du mois dans une série d’objets cosmétiques virtuels sans aucune utilité.

Finalement, s’il y a bien une chose à retenir de cette étude rapprochée de la salaison des êtres humains face au butin virtuel offert par cette chimère de divertissements en tous genres qu’est le jeu vidéo, c’est que vous n’y échapperez pas. Comme dirait Bison, tous vos efforts sont ridicules et inutiles face au psycho-pouvoir des développeurs qui créent les algorithmes, vous rendant esclaves de probabilités aussi aléatoires qu’une ligne de code dans un jeu Bethesda. Cependant, amas de cailloux translucides à l’hypertension élevée que vous êtes, ne perdez pas espoir ! Un jour viendra, pour chacun d’entre nous, où le déluge vous purgera de vos problèmes cardio-vasculaires en vous permettant d’accéder au « loot » de vos rêves ! Oui, cela arrive de temps en temps et cela fait le plus grand bien ! C’est donc sur cette conclusion alambiquée et riche en jeux de mots douteux que je me retire et vous donne rendez-vous le mois prochain pour la suite de cette épopée dans les marais de Guérande. En attendant, jouez bien et n’oubliez pas de me raconter vos expériences les plus salées en commentaires !

 Nehor

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