Pyre

Voila longtemps que je n’avais plus été absorbé par un jeu au point de prendre du temps sur mes heures de sommeil pour le terminer. Dernier né du studio indé SuperGiant GamesPyre est un jeu mélangeant les genres avec brio, réalisant le tour de force qu’est de combiner jeu de sport, visual novel et action-RPG. On se retrouve face à une expérience narrative grisante, entrecoupée de phases de jeu de sport jouissives, le tout soutenu par des mécaniques d’action-RPG et de party-based RPG d’une grande qualité. Coup d’œil sur un coup de cœur de l’année passée.

Développeur : SuperGiant Games
Date de sortie : 25 Juillet 2017
Plateformes : PC, Mac
Genres : Visual Novel, Sport, Action-RPG, Party-Based RPG

Le Downside, contrée mystérieuse et magnifique

Les graphismes sont dessinés à la main et ont un rendu digne des deux précédentes ouvrages de SuperGiant Games, comme Transistor ou Bastion. Il y a une grande variété dans la patte graphique utilisée pour les différentes phases de jeu, ce qui donne à Pyre un look unique. On a tout d’abord les phases de déplacement, qui présentent le monde fantaisiste dans lequel l’histoire prend place avec des graphismes très cartoon, optant pour des lignes de contour marquées, une palette de couleurs vives, un collage de plusieurs plans et un impressionnant jeu sur la lumière. Il y a ensuite les moments de dialogues, dans lesquels la patte choisie est celle du dessin réaliste sans contour, aux couleurs plus douces et naturelles. Ces discussions se font à l’aide d’images fixes, à la façon d’un visual novel japonais, et ne sont donc pas animées, sauf à de rares occasions, notamment avec l’utilisation d’effets de background derrière les personnages. Enfin, les phases typées jeu de sport sont, sans trop de surprises, celles présentant des animations. Ces phases prennent un style plus simpliste et profitent d’une utilisation de la lumière et du contraste noir/couleur importante.

Un endroit mystérieux et pourtant si beau…

On voit très vite que Pyre est magnifique et parvient à plonger le joueur dans un monde superbe et mystérieux, mélangeant les styles graphiques pour faire fonctionner le mélange de genres de jeux à première vue hétérogènes. Une prouesse qui mérite d’être saluée.

L’univers du jeu étant fantaisiste, on rencontre des personnages inspirés de créatures fantastiques.

Exil, libération et dilemmes

L’histoire de Pyre est un sacré morceau. En effet, elle est dense et riche, non seulement par son univers fantaisiste qui se dévoile peu à peu, mais aussi à cause de sa flexibilité avec les choix du joueur. En gros, le jeu prend le gimmick de TellTale qu’est l’illusion du choix pour proposer une histoire dans laquelle les choix modifient vraiment la fin de l’aventure.

Tout commence lorsque notre personnage, un quidam dont on ne connait ni le visage, ni le nom ou le passé, se fait recueillir, alors qu’il était mourant, par un étrange trio. On apprend alors que la région dans laquelle nous nous trouvons s’appelle le Downside, et qu’elle sert de lieu d’exil pour les criminels et ennemis politiques d’un pays sans nom dirigé par une élite nommée le Commonwealth. Le groupe qui nous a recueilli pense qu’on a fini dans cette contrée car nous savions lire, ce qui est prohibé par le Commonwealth. Parce que nous pouvons lire, le trio nous surnomme Reader, et nous demande de les aider à compléter des rites par lesquels on peut quitter le Downside. Mieux encore, si on parvient à gagner ces rituels, on retourne dans notre monde d’origine couvert de gloire. On commence alors à participer à des rites préparatoires et, au fil de notre aventure, nos rangs se fournissent avec les nombreuses rencontres que l’on fait, et les relations entre les différents personnages qui composent notre équipe, nommée les Nightwings, évoluent. Après avoir fait plusieurs rituels préparatoires, on accède au rite de libération. Mais, à ce moment-là, on nous annonce qu’une seule personne peut être libérée à la fois. Manque de bol, donc, d’autant que nos rangs comptent à ce stade neuf participants aux rites. De plus, un de nos membres révèle qu’il travaille dans l’ombre pour renverser le Commonwealth, et que les membres des Nightwings qui seront libérés participeront à cette révolte contre le pouvoir en place. C’est donc dans le doute et l’incompréhension que l’on participe au rite et libère, pour autant qu’on vainque nos adversaires, un de nos membres. Après cela, notre groupe attend le prochain cycle des étoiles pour reprendre l’aventure de zéro, un coéquipier en moins. Et c’est là toute la force de Pyre : qu’importe le personnage libéré, l’histoire suit son cours de manière fluide, avec des occasionnels rappels de son absence.

Tu me manqueras, Jodariel…

Au bout de quelques libérations, on nous annonce que les étoiles brillent de moins en moins, et que les rites vont bientôt cesser. Quand ? On ne le sait pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne pourra pas libérer tout le monde. On se retrouve alors dans une course contre la montre durant laquelle on se demande constamment si le rituel auquel nous allons participer sera le dernier. Arrive le moment fatidique et l’aventure se termine abruptement. On nous narre alors, telle une légende, les aventures des rebelles ayant réussi (ou non, dépendamment de nos choix et nos compétences) à renverser le Commonwealth, et de ceux qui sont restés dans le Downside, ces héros à jamais disparus. L’histoire, bien que simple dans sa construction, regorge de subtilités et de moments très touchants. Et tout ça, c’est grâce à l’incroyable écriture du jeu. Tous les personnages ont un passé intéressant, des personnalités réalistes, et des buts. On s’y attache facilement, et, bien qu’on soit heureux de voir un membres avec lequel on s’est lié d’amitié quitter le Downside, on est touché par son absence. Il y a plein de scénarios possibles et la fin va dépendre de l’état de plus de vingt personnages différents. Un véritable tour de force dans l’écriture qu’on ne trouve que trop rarement.

Tous les personnages que l’on peut libérer, alliés (à gauche) comme ennemis (à droite), et avec une auréole dorée, ceux que j’ai libéré.

Sport et rituels

Même si une grand partie du jeu est composée de dialogues, le point central du gameplay, c’est le rites. Ces derniers consistent en des affrontement de deux équipes de trois, qui doivent placer un orbe dans le feu ennemi, d’où le nom du jeu, Pyre, qui signifie « bûcher ». La mécanique principale de ces matchs est l’aura. En effet, chaque personnage a une aura, qui prend la forme d’une zone circulaire entourant chaque participant. Si quelqu’un touche l’aura d’un adversaire, il est alors éliminé pour quelques secondes. La subtilité tient dans le fait que, lorsqu’on s’empare de l’orbe, notre zone d’aura disparaît, et on se retrouve à la merci des adversaires, qui peuvent à tout moment nous éliminer. Si quelqu’un marque un but, les flammes du bûcher adverse s’amenuisent, et ce participant est hors-jeu jusqu’à ce qu’un but soit marqué, d’un côté ou de l’autre. Un rituel se termine lorsque l’un des deux feux s’éteint.

Les terrains sont souvent petits et les matchs dynamiques

Pour affronter nos adversaires, nos personnages ont des capacités pour faciliter le trajet de l’orbe dans le bûcher adverse. On peut accélérer en sprintant ou en dashant, cela dépendra du personnage. On peut sauter, ce qui permet d’éviter l’aura des adversaires, ou d’intercepter un adversaire en plein saut. On peut également, à tout moment, changer instantanément de personnage. Si on n’a pas l’orbe en main, on peut charger son aura dans une direction et la projeter violemment, ce qui permet d’aisément mettre hors-jeu un adversaire à distance. Par contre, quand on porte l’orbe, cette capacité est remplacée par la possibilité de le lancer, ce qui permet de passer outre une rude défense, ou leurrer les adversaires dans un coin de la map pour les détruire avec notre projection d’aura. Chaque personnage a des stats de vitesse, d’aura et de dégât au bûcher différents, ce qui demande donc de composer notre équipe de sorte à ce qu’on ait une équipe équilibrée. En plus de cela, les membres des Nightwings gagnent de l’expérience en participant aux rites, ce qui leur permet de débloquer des capacités passives utiles, comme une plus grande vitesse, ou plus de dégâts. À cela s’ajoute la possibilité de donner à un de nos personnage un talisman, ce qui va lui donner des bonus de la même trempe que les capacités déblocables avec de l’expérience.

Chaque personnage level-up quatre fois. Il faudra donc choisir quelles capacités leur attribuer parmi les huit disponibles.

La musique du ménestrel

Un personnage énigmatique qui nous accompagnera tout au long de notre aventure est un ménestrel dont la lyre peut jouer des reprises des musiques du jeu à la guitare. Cela veut dire que les morceaux ont chacun deux versions uniques : celle que l’on entend lors des phases de gameplay, et celle qui est jouée par le ménestrel. C’est un petit plus très agréable qui vient ajouter de la valeur à la bande-son originale déjà soignée et très riche en style. Car, tout comme les graphismes et le gameplay, la musique est étonnement variée, et propose des morceaux qui se concentrent sur les cordes prenant des airs tantôt électro, tantôt rock, et tantôt orchestraux. Mention spéciale à la chanson du générique de fin, qui s’adapte aux personnages que l’on a libérés. Une richesse musicale impressionnante et bienvenue, cerise sur un gâteau déjà bien rempli.


Une OST d’une excellente facture.

Un gros coup de cœur

Sans aller jusqu’à crier au génie ou à la perfection, il faut quand même dire que Pyre est un quasi sans-faute, réussissant sur de nombreux fronts. En terme de narration, il s’agit là clairement d’une petite merveille, même si le gameplay des rites ne plaira pas à tout le monde. Pour peu que vous adhériez au jeu, à son univers et à son mélange de genres, les vingts heures que prend Pyre vous raviront. Donc si un soft aux graphismes somptueux, à la musique soignée, à l’histoire prenante et au gameplay intriguant vous intéresse, vous pouvez y aller les yeux fermés !

Pour et contre

+ Des graphismes sublimes  Jeu un peu niche qui ne conviendra pas à tout le monde
+ Une histoire intéressante, touchante et efficace  … et c’est tout !
+ La narration au poil
+ Des personnages touchants et saisissants de réalisme
+ Une OST d’une excellente facture
+ Un gameplay original

Ante

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