BattleTech

On parle souvent du rapport entre le jeu vidéo et le cinéma, ce dernier ayant tenté tant mal que très mal, au fil des ans, d’adapter des œuvres vidéoludiques sur grand écran, et vice-versa : on pense aussi aux nombreux jeux adaptés de films, le plus souvent rushés pour correspondre à la sortie cinéma et, la plupart du temps, médiocres. BattleTech n’est pas tiré d’un film, mais d’un jeu de société stratégique sorti dans les années 90 originellement appelé BattleDroids. Proposant un univers représentant un futur proche, de 2107 au 32ème siècle, le jeu propose une histoire de conquête spatiale et de société intergalactique dans laquelle des gros robots contrôlés par des humains sont utilisés pour combattre par de nombreuses factions. Misant sur le côté stratégique du matériaux de base, BattleTech, jeu de stratégie au tour par tour, offre au joueur une histoire de trahison, de bravoure chevaleresque et de révolution, le tout emballé dans une progression créée en partie procéduralement et, au premier abord, infinie. Arrive-t-il cependant à se hisser au-dessus de la concurrence ?

Développeurs : Harebrained Studio
Distributeur : Paradox Interactive
Date de sortie : 24 avril 2018
Plateformes : PC, Mac, Linux
Genre : Stratégie au tour par tour, Gestion

Une galaxie lointaine, très lointaine…

Le jeu prenant place dans une coalition intergalactique dans laquelle les humains ont colonisé de nombreuses planètes et construisent des robots géants pour se battre, on peut s’attendre à un univers riche en couleurs, en environnements fantastiques et en technologies futuristes délirantes. Du point de vue des BattleMechs, les robots, le pari est réussi : on est vraiment en face d’immenses engins de guerre qui, on le croit sans problème, peuvent décimer nombres de tanks sans le moindre effort. Ils sont puissants, métalliques, géants, surarmés, dans l’excès à tous les niveaux. Ils n’ont, en revanche, pas un look très futuriste, ou du moins pas technologiquement avancés.

Du côté des cinématiques, rien à redire, elles sont tout bonnement incroyables. Elles sont composées de dessins bougeant relativement peu et prennent plus une forme de diaporama qu’autre chose, mais la patte graphique, très détaillé et stylisée, offrent un rendu des plus immersifs.

Fourmillant de détails, les cinématiques font plaisir à voir.

Mais bien que le look des BattleMechs et des cinématiques en jette, il en est autrement des phases de gameplay. En effet, dans le but de proposer de gigantesques batailles entre des robots géants, les maps sont très grandes et très ouvertes, et constituent des paysages entiers. En soi, c’est une bonne idée, mais le rendu graphique est très peu convaincant. A cause de la taille des cartes et de la caméra placée très haut dans le ciel, les robots paraissent minuscules. Et parce qu’ils se battent entre eux, il n’y a rien de très impressionnant, étant donné qu’ils sont à la même échelle. Le seul moment où j’ai vraiment ressenti la taille et la puissance de mes BattleMechs était quand je devais affronter des tanks, qui paraissent alors ridicules, au point où je peux les détruire rien qu’en leur marchant dessus. On est face à un gros problème d’échelle : le monde n’est pas vraisemblable pour des humains. Je m’explique. Les bâtiments, au-delà de ne pas être très futuristes et consistant plutôt en des blocs de béton grisâtres, sont tous très espacés et très grands, de même que pour les arbres et tous les éléments du décor. On n’a pas l’impression d’être si grand, au final, puisque le monde dans lequel on agit semble être construit pour nous. Enfin, les maps sont vides de vie et rendent l’univers peu intéressant.

Difficile de se rendre compte de la taille réelle de ces engins.

Au-delà de perdre en gigantisme par son design, il faut aussi dire que le jeu n’est pas si beau, au point où les graphismes desservent, selon moi, l’univers qu’il tente de développer. Les couleurs ne sont pas attrayantes, souvent peu saturées et dans des tons grisâtres ou brunâtres. De plus, les textures, la plupart du temps dégoulinantes et brouillonnes, retirent la vie qu’il aurait fallu insuffler à l’univers visuel du soft. Au final, bien que les cinématiques soient superbes et que, sur le papier, les BattleMechs soient représentés à merveille, le jeu souffre de graphismes très moyens et d’un ordre de grandeur douteux rendant le principe-même du soft quelque peu discutable : pourquoi ne pas faire un jeu de stratégie à l’échelle humaine, si on ne parvient pas à retranscrire un monde humain du point de vue de robots géants ?

La patte graphique lors des phases de gameplay n’est pas spécialement marquante.

Rejoignons la résistance !

Dans un futur relativement éloigné, Kamea Arano, héritière d’un royaume dont le nom m’échappe, veut aider son peuple à se tirer d’un situation économique critique, sans pour autant être tyrannique, ce qui déplaît à son oncle, qui veut utiliser la force pour remettre la planète sur pied. Lors d’un contrôle de routine, notre personnage (que j’ai appelé, grâce aux propositions aléatoires du jeu, Nikolai Bosic), la princesse et son mentor sont attaqué par les forces de l’oncle de Kamea, qui parvient à tuer la princesse et son protecteur. De notre côté, on parvient à s’évacuer à temps et on quitte la planète avec un groupe de personnes encore fidèles à la princesse et ses principes. Trois ans plus tard, devenu un mercenaire, on se crée une petite entreprise et on part à la recherche d’argent pour venger Kamea Arano ainsi que réinstaurer l’ordre dans une organisation intergalactique défaillante. Le scénario est relativement prévisible, étant donné qu’en moins de quatre heures de jeu on nous sort le cliché du personnage qu’on croyait mort mais qui en fait ne l’est pas. Cependant, la trame narrative reste de bonne facture et sait faire avancer le jeu à un rythme convenable. Il faut également noter qu’elle peut autant être très courte comme extrêmement longue, les missions principales pouvant être faites quand on le désire pendant que le soft nous bombarde de missions secondaires générées aléatoirement.

Dites bonjour à Nikolai « Hunter » Bosic !

Bien que l’histoire soit intéressante au premier abord, elle souffre d’un background trop riche. On pourrait penser qu’avoir un grand bagage d’événements passés, de factions préétablies et de mémoires collectives au sein de cette société intergalactique serait bénéfique pour un pareil scénario : avoir des bases solides permet de mieux plonger le joueur dans l’univers que l’on crée. Pourtant, ici, tout est tellement dense et tellement mal amené qu’on se perd rapidement dans des pages et des pages de textes décrivant chaque événement dans les moindres détails.

Ce background est par exemple donné en passant sur des textes en gras.

L’histoire n’est pas non plus aidée par l’absence de doublages, ou plutôt leur manque de cohérence. En effet, certaines cinématiques sont doublées, contrairement à d’autres, et il en va de même pour les dialogues avec nos compagnons : on devra des fois lire des paragraphes et des paragraphes de texte sans qu’un mot sorte de la bouche de notre interlocuteur, alors que parfois ils seront de vraies pipelettes. Le scénario est en conséquence amoindrit car il est très, très mal amené et raconté, ce qui est vraiment dommage, car les premières cinématiques posant les points d’intrigue principaux m’avaient vraiment accroché, avant de me perdre en cours de route au fil que le jeu avançait.

Comment ne pas rendre son jeu immersif : avoir des dizaines de panneaux de textes à lire pour découvrir l’histoire qu’on veut nous raconter.

A la conquête de l’espace (et de la fortune !)

BattleTech se divise en deux phases de jeu distinctes : les combats et la gestion de notre entreprise de mercenaires. Ces deux phases ont un gameplay différent. La première consiste en de la stratégie au tour par tour relativement solide, tandis que la seconde compose un jeu de gestion à la fois très complexe et plutôt simpliste. Même si l’aspect stratégique est le plus mis en avant dans la campagne publicitaire, il ne faut pas sous-estimer la gestion de notre entreprise, puisque c’est elle seule qui peut nous mener à un Game Over.

Impossible pour moi, qui ai élu XCOM 2: War of the Chosen comme jeu de l’année 2017, de ne pas prendre ce dernier comme point de comparaison pour parler de BattleTech, puisque les deux partagent beaucoup de similarités. On peut donc, comme dans XCOM, déplacer ses unités et attaquer des ennemis, et ce tour à tour avec notre adversaire, même si cette notion est quelque peu mise à mal. En effet, ici on n’a pas à notre disposition un tour complet pour bouger tous nos BattleMechs, car chaque action de nos robots est entrecoupée par celles d’ennemis, ce qui a pour conséquence de changer énormément la dynamique de jeu, comparé à XCOM. Car là où, dans XCOM, on peut prendre son temps pour bien placer toutes ses troupes pour contrecarrer les attaques ennemies, ici la donne change constamment, et il y a toujours du mouvement. Pour savoir dans quel ordre on attaque, le jeu a un système d’initiative qui, à la façon d’un jeu de rôle papier, détermine qui attaque en premier, en deuxième, en troisième, etc.

Tout comme dans XCOM également, on n’a qu’un nombre limité d’actions par tour.

Tout comme dans XCOM, on a à notre disposition des classes et des capacités différentes. Les classes sont attribuées aux robots en fonction de leur poids, et les capacités reviennent aux pilotes qui, à force de combattre, gagnent de l’expérience et de nouveaux pouvoirs, comme tirer sur plusieurs ennemis à la fois, une meilleure résistance aux chocs ou encore une meilleure mobilité. Ces capacités, actives ou passives, seront vitales pour les combats et peuvent réellement changer la donne, il est donc important de bien les attribuer.

Le jeu est plus poussé qu’XCOM dans certains aspects puisqu’il permet à nos robots d’embarquer plusieurs armes. Il faudra cependant choisir quelle arme utiliser en fonction de l’éloignement d’une cible, de sa taille et des obstacles entre nous et elle, car chaque arme a une précision et une portée différentes. Il faudra également faire en fonction de notre propre BattleMech, qui peut surchauffer si on n’utilise pas nos armes à bon escient. En effet, les lasers ont beau être puissants et précis, ils dégagent énormément de chaleur et les utiliser trop souvent n’est pas recommandé si on n’a pas un bon système de refroidissement. Un autre aspect plus développé dans BattleTech est la mécanique de saut. En effet, on peut équiper nos robots de Jump Kits pour les faire sauter, ce qui permet d’atteindre des hauteurs auxquelles on n’a pas accès à pied, mais également d’exécuter nos ennemis en leur sautant dessus. C’est particulièrement efficace contre les tanks et véhicules militaires, qui sont minuscules comparés aux BatteMechs. Enfin, les dégâts localisés et la possibilité de détruire les robots ennemis pièce par pièce est bien pensé et diablement jouissif.

Exploser ses ennemis à l’aide du saut est fun à souhait.

Là où il pêche, en revanche, c’est dans son IA. Dans XCOM, bien qu’elle soit prévisible, l’intelligence artificielle des ennemis est plutôt cohérente : nos adversaires attaquent les unités qu’ils ont le plus de chance de toucher ou qu’ils jugent comme étant les plus vulnérables. Ils sont mobiles et ont une logique relativement naturelle. Dans BattleTech, je dois l’avouer, j’ai détesté l’IA des ennemis. Même si elle reste logique, elle n’est pas du tout cohérente et rend les combats très aléatoires. Pour avoir dû recommencer une mission à quatre reprises car j’étais en sous-nombre, je n’ai jamais eu le même comportement de la part de mes adversaires. Des fois, ils se concentraient tous sur un seul de mes BattleMechs à la fois, ce qui rendait le jeu affreusement frustrant, tandis que d’autres ils n’avaient pas de cibles particulières. Autre petite frustration qui vient avec les jeux du genre : la RNG (random number generator, littéralement « générateur de nombre aléatoire »), qui tire aléatoirement des nombres pour vérifier si l’on réussit nos attaques ou non. Parce que chaque attaque, alliée comme ennemie, est gérée à l’aide de pourcentages représentant la chance de toucher, il arrive par moment d’avoir plus de 90% de chance de toucher, rater, et de se faire exploser au tour suivant par un adversaire situé à l’autre bout de la map.

Les BattleMechs n’ayant pas de moyen de se mettre en couverture, se mettre en hauteur n’est pas forcément recommandé, puisque tous les ennemis vont nous viser par la suite.

Du côté gestion, c’est très poussé en certains aspects et simpliste en d’autres. On a plusieurs points à gérer : les pilotes, les robots et les contrats. Les pilotes blessés doivent être soignés, les robots réparés et on doit garder un œil sur les contrats qu’on nous propose pour garder notre entreprise à flot. Le choix des missions est d’ailleurs amusant puisqu’on peut négocier la récompense pour ces dernières. Saurez-vous un être généreux ? Moi pas en tout cas. Pour ce qui est des pilotes la seule chose que l’on peut faire avec eux, c’est les engager et leur attribuer des compétences. On devra également les payer, ce qui se fait automatiquement à la fin de chaque mois. Les robots ont une personnalisation étonnamment poussée, au point où j’ai très vite abandonné l’idée de le faire moi-même. En effet, chaque pièce d’équipement, des armes aux kits de sauts en passant par l’armure et les munitions, doivent être attribués à des zones de notre BattleMech, et je me suis vite rendu compte de mon niveau zéro en mécanique, puisque je me suis retrouvé à utiliser uniquement des robots pré-construits, ceux que j’ai essayé de faire moi-même étant trop souvent très nuls. Réparer et construire des robots n’est évidemment pas gratuit, et c’est là-dedans que la plupart de vos fonds seront investis. Attention à ne pas finir en banqueroute, sous peine d’atteindre le tant redouté Game Over !

Si on n’est pas pris dans le délire, voir ce genre de menu est un cauchemar…

Musique épique pour des combats dantesques

Le véritable point fort du jeu est, selon moi, la musique. Elle est tout simplement sublime. Véritable bande-son de film de guerre futuriste, on retrouve des compositions à l’orchestre avec des touches de synthétiseur accompagnées de chants tantôt planants, tantôt énergiques et toujours enivrants. Mention spéciale à la musique du menu, qui me laissa une excellente première impression, ainsi qu’à la musique des combats, subtile mais parfaitement adaptée. Comme pour XCOM 2, beaucoup de morceaux ont une mélodie similaire, ce qui permet d’ancrer le jeu dans un ensemble musical cohérent et épique.


L’OST est tout bonnement incroyable.

On se tatane dans l’espace

Je ressors content de BattleTech, même s’il a quelques problèmes qui rendirent les premières heures laborieuses. La plupart venaient d’habitudes d’autres jeux du genre qui fallait que je désapprenne afin de mieux me plonger dans cet univers futuriste riche. Malgré quelques défauts, notamment une IA que je trouve peu convaincante et un patte graphique desservant l’univers qu’il développe, le soft a de nombreuses forces qui plairont aux fans de jeux de stratégies au tour par tour. Les combats sont bien gérés et avoir un esprit stratégique est capital pour s’en sortir, et les quelques frustrations sont vite éclipsées par des heures de batailles intenses et de machinations politiques. Un mode multijoueur est également annoncé, ce qui pourrait s’avérer très intéressant. Et puis si rien de tout cela ne vous convient, allez au moins jeter un œil à la sublime bande-son dont se pare BattleTech !

Pour Contre
+ L’histoire efficace… … mais un peu cliché
+ Les combats stratégiques et intenses L’IA parfois imprévisible et impitoyable
+ L’univers riche des BattleMechs Les graphismes desservant en partie l’univers développé
+ La personnalisation très poussée La narration pas très palpitante
+ Les superbes cinématiques
+ La bande-son incroyable

Ante

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