Detroit: Become Human

«Bienvenue dans ce test un peu particulier du cinquième jeu des studios français Quantic Dream, Detroit: Become Human. Sorti en mai 2018 en exclusivité sur PS4, ce énième roman interactif se veut novateur dans ses thèmes abordés et dans sa narration aux multiples débouchés. De belles promesses que nous allons décortiquer pour vous ici et maintenant!»

Développeur : Quantic Dream
Date de sortie : 25 mai 2018
Console : PS4
Genre : aventures interactives

Comment fonctionne cette review?

Vous l’aurez peut-être remarqué, le pronom «nous» a été employé plus haut dans l’introduction… ce n’est pas juste un effet de style, mais bel et bien une indication sur le fait que nous serons deux testeurs à vous donner notre avis sur Detroit: Become Human (abrégé Detroit pour le reste du test): après avoir rédigé un article sur les deux précédents opus des mêmes développeurs, The Heavy Rain and Beyond: Two Souls Collection, Thomario est ici pour vous dire si cette nouvelle mouture en vaut la chandelle. Quant au deuxième rédacteur, Jeff, il revient après deux Comixels dessinés pour Pixels en tant que spectateur et conseiller de Thomario ; une vision donc différente, sans la manette en mains.

Chaque chapitre de cette review —dont les thèmes seront: l’esthétique, le scénario et le gameplay— sera décomposé en deux parties: tout d’abord l’avis de Thomario, puis celui de Jeff.

Maintenant que vous êtes prêts, laissez-nous vous expliquer de quoi est composé un bon jeu/droïde/test!

Choix de l’apparence

Detroit nous plonge dans un univers futuriste, étrangement similaire à notre vie en 2018… Avec une esthétique empruntée au film Her, ou à certains épisodes de Black Mirror, le jeu nous bouleverse de par sa crédibilité et sa cohérence visuelle. L’histoire se déroule pourtant en 2038 —soit vingt ans après notre ère— dans la ville de Détroit (USA), une attache bien réelle, qui semble à peine plus modernisée que ce qu’il est possible de voir actuellement. Tout est dans la subtilité; car, même si la technologie semble avoir fait un bond spectaculaire en avant, on en vient à tirer des parallèles avec des thèmes fréquemment abordés de manière préoccupante. Que se passerait-il si nos ressources naturelles venaient à disparaître? Les nouvelles découvertes scientifiques peuvent-elles être dangereuses? Ou, une machine peut-elle remplacer un être humain?

Quantic Dream répond à ces questions en apportant un monde d’une beauté et d’un réalisme aussi passionnant qu’effrayant. Les petits détails pullulent; et on prend un plaisir fou à parcourir cet univers aux graphismes sublimes pour découvrir la prochaine couverture de magazine qui nous expliquera comment l’être humain décide de pallier au manque de forêts en 2038.

Comme pour ses deux précédents jeux vidéo, le studio français joue la carte du photo-réalisme avec des personnages plus vrais que nature. Particulièrement important dans le cas présent, puisque le thème principal est la «différence entre androïdes (intelligence artificielle) et êtres humains». Soyons clairs: faire un arrêt sur image autant sur des plans larges que sur des gros plans donne simplement l’impression d’être face à une photographie.

Vous l’aurez remarqué, je considère l’aspect visuel de Detroit —que j’ai particulièrement apprécié— comme étroitement lié à son histoire et aux thèmes qu’il aborde. Cela me permet de faire un lien parfait avec le chapitre suivant… mais avant, l’avis de Jeff!

S’il y a bien une chose sur laquelle les joueurs de Detroit doivent être d’accord, c’est que les graphismes sont tout simplement magnifiques. Et sur ce point, je suis du même avis. Depuis le menu de lancement du jeu, le visuel m’a transporté. Que ce soit au niveau de l’attention aux détails, au choix des textures, des couleurs ou même au niveau des compositions, tout m’a conquis. L’apparence des personnages colle à leur personnalité et réussit à les rendre davantage attachants. L’univers est cohérent et m’a toujours plu. Jamais je n’ai eu l’impression qu’une scène était trop ou trop peu remplie; ce qui est selon moi très important pour rendre le jeu immersif. J’ai eu aussi beaucoup de plaisir à découvrir, au fur et à mesure du jeu, la galerie d’artworks. 

Photo ou capture d’écran ?

Écriture de l’histoire

Comme abordé dans le chapitre précédent, les thèmes du jeu sont très variés, mais gravitent tous plus ou moins autour de l’idée que la technologie pourrait nous rattraper plus rapidement qu’on le pense. Et, pour ce faire, Detroit décide de nous raconter trois histoires différentes, mais liées sur plusieurs plans, dans lesquelles vous incarnez des droïdes. Il y a tout d’abord Connor, le robot programmé pour enquêter sur le dysfonctionnement de ses compères. Puis, Kara, l’intelligence artificielle à qui on demande de faire le ménage et de s’occuper d’une petite fille. Et enfin Markus dont le riche maître lui propose rapidement de s’émanciper. Bien que chacun possède sa propre personnalité, ils luttent tous contre le même problème: jusqu’où doivent-il suivre les ordres ? Doivent-ils se comporter comme des androïdes ou comme des êtres humains? Où est la frontière?

Ces sujets et problématiques sont, pour moi, particulièrement passionnants et légèrement contemporains. Et —évidemment— le jeu aide à répondre aux questions que l’on se pose en nous proposant de nous mettre à la place des personnages. Même si certains raccourcis scénaristiques sont regrettables, la globalité de l’histoire est très cohérente et bien écrite. Le tout est cuisiné à la sauce Quantic Dream avec des choix que vous faites personnellement aux répercussions majeures! C’est la première fois que les «arbres des possibles» possèdent autant de branches! Presque chaque chapitre comporte différentes fins (rien que l’introduction du jeu a six possibilités de conclusions); certains ne sont même accessibles qu’en remplissant des conditions bien spécifiques. Autant dire que la rejouabilité est au rendez-vous; on a envie de tout connaître de cette épopée fantastique.

Même si l’histoire dans son ensemble ne fait pas l’unanimité des critiques, j’ai beaucoup apprécié. Premièrement, les thématiques abordées m’ont touché. Qu’est-ce qui nous rend humain? Est-ce qu’un androïde conscient doit avoir des droits? Quel comportement aurait la population dans ce cas de figure? La situation ne ressemble-t-elle pas à ce que les Afro-Américains ont vécu il n’y a pas si longtemps? Toutes ces questions (et plus encore) m’ont rendu curieux et m’ont poussé à la réflexion, à la discussion. De plus, la manière d’aborder ces sujets était très intéressante. Cet arbre des possibles changeant nous pousse à nous demander comment se fabrique le futur. Est-ce que tout est lié, est-ce que nos choix ont véritablement un impact? Et deuxièmement, le fait que l’aventure soit vécue par trois protagonistes donne une dynamique de jeu particulière, nous poussant à choisir quel genre de réaction nous souhaitons, tout en sachant que cela influencera plus ou moins les autres personnages. Leur vécu étant très différent les uns des autres, j’ai eu du plaisir à les voir évoluer dans cet environnement commun en ayant différents points de vue. Cela étant dit, je suis conscient que tout n’était pas fait de la meilleure manière et qu’il pouvait y avoir des incohérences, mais elles ne m’ont pas dérangé et n’ont pas rendu l’expérience ou les messages moins importants.

Un moment majeur dans l’histoire de Markus…

Mise en place des fonctionnalités

Les arbres des possibles ont été mentionnés deux fois dans les paragraphes précédents, car ils font partie intégrante du gameplay de Detroit. Alors que les choix et leurs conséquences étaient cachés dans Heavy Rain, et quasi-absents dans Beyond: Two Souls, ici, ils sont affichés à la fin de chaque chapitre. Cela donne une vue d’ensemble du scénario à laquelle on peut accéder à n’importe quel moment de l’histoire. Il est même possible —même si fortement déconseillé par votre guide dans le jeu— de revenir en arrière afin de modifier la trame scénaristique à sa guise. Toutes les actions importantes (et parfois même moins importantes) sont listées pour une rejouabilité optimale. Cet ajout est particulièrement bienvenu et apporte un vrai plus à un gameplay général très proche des deux précédents épisodes de Quantic Dream.

Car, oui, pour finir sur une note légèrement négative, sachez que les choses ne bougent pas beaucoup du côté de la façon de jouer et de manipuler ses personnages. Les développeurs français maintiennent leur réputation de fournir un style de jeu très proche du cinéma où presque la seule interactivité possible est celle de donner son avis. Je l’ai répété à plusieurs reprises, autant dans mes articles sur les Ace Attorney que celui sur The Heavy Rain and Beyond: Two Souls Collection, il s’agit d’un style de jeu que j’apprécie. Cela dit, je comprends parfaitement que certains martèlent qu’on n’est plus dans le domaine du jeu vidéo. Tout dépend de votre sensibilité de joueur ; gardez juste en tête que vous poserez souvent la manette.

Ayant déjà joué à d’autres jeux de ce style, je savais que j’allais apprécier. Quand le débat est lancé quant à savoir si c’est véritablement du jeu vidéo ou non, je fais partie de l’équipe qui répond à la positive. J’aime tout particulièrement le côté basé sur les choix, et le fait de jouer avec Thomario a rendu l’expérience plus plaisante. Être deux à débattre et à choisir la suite donnait une profondeur nouvelle à ce genre de jeu que je ne soupçonnais pas jusque-là. De plus, les arbres des possibles étant absolument énormes —et le fait de pouvoir les voir à la fin de chaque chapitre— rendent le tout encore plus attirant. J’ai vraiment eu le sentiment que tous les choix pouvaient avoir un impact énorme sur la suite des événements. De base, nous voulions le faire d’une traite et ensuite recommencer chaque chapitre pour les finir à 100%, mais nous n’avons jamais réussi à le faire. Il faut dire que le nombre de possibilités est tellement grand et que le fait de refaire dix fois le même chapitre a fini par me lasser un peu.

Les choix sont nombreux, mais ne demandent pas beaucoup manœuvres.

La recette parfaite ?

Vous l’aurez compris, et ce ne sera une surprise pour personne, nous avons tout simplement été conquis par Detroit: Become Human. Nous avons finalement peu de choses négatives à dire sur ce jeu dont l’ensemble, graphismes, histoire et gameplay, nous a particulièrement touché et parlé. Les petits défauts ont très rapidement été éclipsés par la quantité de bonnes idées et le cœur mis à l’ouvrage par l’équipe de Quantic Dream. Le soft mérite ses bonnes critiques, car il est vraiment prenant.

Au final, ce qui a beaucoup compté pour nous est le fait de passer un bon moment, prendre du temps hors-jeu pour discuter des thèmes abordés, voire même à nous pousser à des réflexions personnelles sur la société, l’avancée technologique et l’humanité.

Pour Contre
+ C’est beau! Quelques raccourcis scénaristiques
+ Les arbres des possibles gigantesques  Quelques clichés et fils rouges prévisibles
+ Les arbres des possibles visibles au fur et à mesure de l’aventure  Peu de variétés dans le gameplay
+ Des personnages attachants et humains  La complétion à 100% longue et fastidieuse
+ Les thèmes abordés passionnants  …et c’est tout

Jeff & Thomario

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