Concours rédactionnel 2018 – Sélection prix du public

Bloodborne

Titan du jeu vidéo moderne, la série des SoulsBorne, du studio FROM Software, peut se vanter d’avoir influencé tout un genre et marqué la décennie. Basée sur un gameplay d’action-RPG corsé mais équitable, elle a acquis une notoriété certaine ainsi qu’un statut culte aux yeux d’une large base d’utilisateurs. Parmi ses successeurs spirituels comptent les indies Hollow Knight et Titan Souls ou encore Nioh.

Bloodborne est le 4e épisode de la saga, succédant au quelque peu obscur Demon’s Souls, au porte-étendard, Dark Souls, et au controversé Dark Souls 2. Paru sur PS4 en Mars 2015, l’opus diffère sur de multiples aspects de ses prédécesseurs. Reste à voir si la comparaison lui est favorable…

Cauchemar surnaturel

L’intrigue nous place dans la peau d’un protagoniste muet ayant gagné la ville de Yharnam afin d’être soigné(e) par sa médecine miraculeuse mais corruptrice, la thérapie du sang. Il s’agit d’une transfusion de sang divin mais maudit, curant tous les maux mais abâtardissant lentement quiconque la reçoit en bête sauvage. On saisit donc la lame et le fusil afin d’éliminer les monstres rôdant dans les rues au cours de la nuit de la Chasse ainsi que de tenter de déficeler l’enchevêtrement de mystères entourant la malédiction. Le cadre est donc résolument gothique et fortement inspiré de Stoker et Lovecraft, autant dans ses thématiques clés que dans sa mythologie.

Lune de sang et monstre tentaculaire ; pas de doute, c’est Bloodborne.

Si une fois de plus Hidetaka Miyazaki ne nous présente qu’une intrigue décousue, où la plupart des questions n’admettent pas de réponse, force est de constater que la construction du monde est plus robuste qu’elle ne l’a été. Chaque niveau est rattaché au contexte narratif de la quête principale, créant ainsi un univers plus cohérent et crédible que jamais. La présentation du scénario n’est pas en reste ; à l’habitude de la série, les informations ne sont communiquées que par bribes cryptiques. Mais ici, ce choix de design est sous-tendu par un fil rouge thématique ; il illustre ainsi les sujets chers à Lovecraft du mystère et de l’incompréhension de formes d’existences supérieures. Ainsi, Bloodborne est rempli de moments mémorables où l’on sent pointer sous chaque pas les prémisses d’une vérité occulte et interdite. Le sentiment d’anticipation procuré par cette attente interminable, redoublé par l’attention de tout instant nécessaire pour survivre, fait du soft une expérience excessivement nerveuse et tendue mais addictive. Malheureusement, pour la plupart, toute cette tension n’est jamais réalisée dans une acmé narrative, faute d’un scénario très (trop ?) ouvert. Dommage : il est difficile de s’investir dans une histoire ou un combat de boss quand on ignore ses enjeux…

Déluge de violence

C’est encore par son système de combat que Bloodborne se démarque du lot. Finis les boucliers ; fragiles et inutiles contre la force cyclopéenne des bêtes, ils sont désormais remplacés par tromblons et pistolets. Ces derniers infligent pour la plupart de piètres dégâts, mais permettent d’interrompre les attaques ennemies par un coup critique. Ce changement, ainsi que l’augmentation générale de la vitesse des animations, transforme le combat lent, méthodique mais souvent monotone de Dark Souls en affrontements fébriles, vifs et intenses. Et si cela contraint à essuyer des coups assez fréquemment, la mécanique de rally, qui soigne des hit points pour chaque attaque portée immédiatement après avoir été touché, permet de les compenser. L’idée est bonne et encourage la proactivité, puisque la meilleure solution aux limitations usuelles de l’agressivité est maintenant de jouer encore plus agressivement. On l’aura donc compris, son système de combat est un des points les plus attrayants de Bloodborne.

Darkbeast Paarl, un des boss les moins imposants que vous devrez affronter.

L’arsenal de notre protagoniste a lui aussi été rénové. Plutôt que les longues listes d’armes souvent similaires entre elles des jeux précédents, ici, une vingtaine de trick weapons peuvent librement alterner entre deux formes, adaptées à différentes situations au combat. Cette polyvalence signifie qu’il faut véritablement apprendre à se servir de son arme pour pouvoir sortir vivant de toutes les situations. En retour, le sentiment procuré par l’exécution parfaite d’un affrontement est grisant de satisfaction.

La difficulté qui a fait la réputation de la série reste globalement au rendez-vous ; les ennemis infligent ainsi de larges quantités de dégâts, et éviter les hitbox souvent démesurées de monstres gigantesques demande une connaissance précise de leurs timings. Quant aux vétérans, les changements radicaux de gameplay assurent que même eux rencontreront des difficultés dans leur périple. Le fait de ne pas récupérer ses objets de soins après une mort peut cependant s’avérer assez frustrant en contraignant les nouveaux joueurs à interrompre leur progression pour remplir leurs stocks.

Nouveau monde en couleur ?

D’un point de vue level design, c’est un hub world à la Demon’s Souls qui a été privilégié. Depuis le Rêve du Chasseur, on peut accéder à tous les checkpoints – des lanternes, équivalents victoriens des feux ? – débloqués dans le monde principal. C’est aussi là que l’on peut échanger les échos de sang durement acquis en combat contre objets, armes et niveaux. Vous l’aurez compris, l’organisation très compacte du monde et la pléthore de raccourcis de Dark Souls sont ici absents ; s’il y a effectivement des raccourcis à l’intérieur d’une unique zone, la progression reste globalement linéaire. Ceci ne doit pas être vu comme un défaut, mais plutôt comme un choix ; l’éloignement spatial important entre les zones diverses est un parti pris qui crée une vraie impression de progression au fil du jeu. Du côté visuel du level design, bien que certains environnements captent immédiatement l’attention par leur créativité et étrangeté, un bon nombre d’autres peinent à se démarquer. On retiendra les Forbidden Woods, qui ne sont pas un joyau d’inspiration, ou encore Hemwick Charnel Lane. Cette fatigue visuelle est accentuée par le nombre relativement faible d’endroits différents à explorer et par une palette de couleurs réduite, dominée par gris, noirs et beiges délavés.

Par contre, quand ça en jette, ça en jette.

Et quand c’est fini…

Le jeu a également reçu un DLC, intitulé The Old Hunters, paru fin 2015. Il explore plus profondément certains événements et personnages contextuels capitaux mentionnés à plusieurs reprises dans la quête principale. Pour ce qui est du gameplay, rien à redire ; on reste dans la même cour que le reste du jeu. On regrettera malheureusement son prix non négligeable d’une vingtaine de dollars, presque autant que le jeu principal aujourd’hui. Les événements présentés dans ce contenu peuvent également parfois paraître tangentiels et sans liens majeurs avec la trame principale. C’est donc une valeur sûre qui joue sur les forces de l’épisode, au prix d’une prise de risque limitée.

Si somme toute la quête reste assez courte (comptez une vingtaine d’heure pour en venir à bout), les Chalice Dungeons, niveaux optionnels générés séquentiellement, offrent une pure expérience de gameplay corsée à souhait, qui double facilement cette estimation. C’est là que vous pourrez trouver les boss les plus coriaces du jeu, ainsi que les récompenses les plus intéressantes si vous parvenez à en venir à bout. Cependant, il est dommage qu’ils soient rapidement tous capables de vous anéantir en une attaque, ralentissant considérablement les affrontements et oubliant ce qui fait l’intérêt du reste du système de combat en premier lieu.

En résumé

Pour Contre
+ Un système de combat haletant et explosif Un challenge parfois plus fastidieux que difficile
+ Une grande variété d’armes complexes, satisfaisantes à maîtriser Un scénario à la limite entre cryptique et absence de cohérence
+ Une présentation narrative solide et thématiquement appropriée Des environnements parfois peu variés et ternes
+ Un univers d’inspiration gothique aussi dérangeant que captivant

Bloodborne est une suite plus que digne de la réputation de ses grands frères. Malgré quelques défauts héréditaires, l’opus propose un gameplay et une histoire très engageants dans un contexte frais et original. Un investissement à faire à tout prix si vous avez le temps et la patience d’en venir à bout.

8 thoughts on “Concours rédactionnel 2018 – Sélection prix du public

  1. J’ai beaucoup aimé l’article sur Mini Metro, donc mon vote lui revient 🙂

    Mais j’ai beaucoup aimé les autres, bravo aux participants et aux participantes !

  2. Honte à moi! Je n’ai pas pris en compte qu’il n’y a qu’un seul fil de commentaires et pas un par chronique… Je vote donc pour Tales of the Abyss.

  3. Comme ça ne se fait pas de voter pour sa propre chronique, je vote pour celle-ci!
    Un jeu méconnu, un scénario intéressant, une chronique réussie.

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