Concours rédactionnel 2018 – Sélection prix du public

Tales of the Abyss

La série Tales of, éditée par Namco, est bien connue des amateurs de J-RPG. Du kitsch japonais, des personnages attachants et beaucoup, beaucoup de costumes extravagants, voilà la recette. Si certains ont été acclamés, d’autres, au contraire, ont largement déçu. Et d’autres encore sont passé sous les radars, la faute à une distribution européenne médiocre. C’est le cas de Tales of the Abyss, sorti en 2005 au Japon, et porté sur 3DS en 2011 en Europe. J’y avais joué à sa sortie, et cet été, j’ai décidé de dépoussiérer ma console et de refaire une partie.

La première chose qui m’avait frappé lors de ma première partie, c’était le thème d’ouverture du jeu. Comme pour un anime, le thème d’un Tales of est très important, car il vous plonge dans l’ambiance du jeu. Ici, le compositeur ne s’est pas embarrassé d’une intro: on entre directement dans le vif du sujet avec une mélodie forte, typée metal, à la guitare, basse et batterie. La cinématique est d’ailleurs plutôt animée, avec des images d’avions, des combats, des explosions. Le jeu tiendra-t-il ses promesses?

Première impression: la qualité des graphismes est médiocre, y compris lors des scènes en anime. Le portage du jeu vers 3DS s’est fait avec l’ajout de la 3D, mais sans remasterisation. La modélisation et les textures ont donc de l’âge. Mais qu’importe, on ne joue pas à un Tales of pour les prouesses techniques des développeurs. On passe rapidement outre les gros plans parfois grotesques pour se concentrer sur l’histoire et le gameplay.

Luke et ses grimaces toujours très divertissantes

Le jeu s’ouvre sur le jeune Luke, héritier du duc Fon Fabre, en plein entraînement avec son maître d’armes, Van. Arrive alors une mystérieuse inconnue qui attaque Van. En s’interposant, Luke touche la jeune femme, prénommée Tear, et tous deux se retrouvent téléportés à l’autre bout du monde. De là, Luke rentrera chez lui et croisera une sympathique brochette de personnages: Guy, son serviteur et ami d’enfance, Anise, une gamine qui se bat à dos de peluche géante, Jade, un officier du pays ennemi, Ion, le Phon Master (le chef de la religion de ce monde) et Mieu, une mignonne boule de poils turquoise. Natalia, la princesse du royaume de Luke (parce qu’il y a toujours une princesse ou un prince dans un Tales of), rejoindra l’équipe plus tard. Et Asch, à la fois ennemi, allié et rival de Luke, se joindra en de rares occasions à l’équipe.

Luke et Asch

Tous les personnages sont jouables en combat (à part Ion et Mieu) et se répartissent en deux catégories: les guerriers et les mages. Tous peuvent attaquer au corps à corps avec leur arme. La différence réside dans les artes. Chez les guerriers, ils se lancent instantanément et consistent en des attaques plus puissantes et élaborées. Chez les mages, il s’agit de sorts dont le temps de lancement peut être plus ou moins long, selon l’arte et les bonus du personnage. Certains artes laissent sur le sol des glyphes colorés et en combinant certains artes avec ces derniers, on obtient des FOF changes (changements élémentaires) et des dégâts supérieurs. C’est très pratique contre certains ennemis, mais cela incite parfois à se déplacer de manière anarchique. Chaque personnage possède également un arte mystic, une très grosse attaque qui ne se lance qu’en mode overlimit, une fois la barre de special chargée. Bien que plutôt simple, le système de combat est efficace et d’une prise en main agréable. Comme souvent dans les Tales of, le système de parade et d’esquive est minimaliste, et c’est sans doute ce qui m’a le plus gênée après avoir joué à des jeux plus modernes comme Nier: Automata.

Luke et Guy contre Lagretta, arte de Guy

La quête principale se scinde en plusieurs parties et chaque fois que les héros ont l’impression d’en avoir fini, un nouvel événement les oblige à poursuivre leur quête. Il n’est d’ailleurs pas toujours facile de savoir ce qui est attendu du joueur. Un dialogue lu en diagonale, et on se retrouve à devoir relire le synopsis pour savoir quelle est la destination suivante. Tous les personnages ont évidemment une trame qui leur est propre et chacun arrive devant le boss final en ayant fait le ménage dans son passé. Les quêtes annexes, relativement nombreuses, ne bénéficient d’aucun support, pas même d’une liste pour celles ayant déjà été accomplies. Ce qui est exaspérant, voire sérieusement handicapant dans certains cas. La série de quêtes permettant d’obtenir des améliorations sur son avion, et donc d’explorer tout le jeu, est primordiale, mais c’est souvent par hasard qu’on finit par découvrir que faire.

Guy, Anise, Mieu, Luke, Jade, Tear et Natalia devant le point de non-retour

Gros point négatif, lors de la première saynète, on découvre qu’il n’y a pas de doublage. Après avoir vérifié le son, éteint et rallumé sa console, puis avoir fouillé le net, on apprend qu’il ne s’agit pas d’un bug. Il devient donc difficile de visionner certaines saynètes en entier. En effet, le texte défile au rythme de la parole, donc bien plus lentement que le rythme de lecture. À force, on en vient à les sauter.

L’histoire, pour en revenir à elle, se concentre sur Luke. De jeune noble oisif et certain de sa place dans le monde, Luke devient un paria, cible de haine et de mépris. Il doute, se débat, passe à deux doigts de se suicider pour expier ses fautes. Ce changement brutal de comportement est ce qui rend la trame si intéressante. Personne n’aurait envie de suivre pendant quarante ou cinquante heures les aventures du petit imbécile imbu de lui-même que nous jouons au début. Une fois son armure de suffisance en miette, Luke devient un personnage attachant, parfois exaspérant, car toujours extrême dans ses sentiments. Il était trop sûr de lui, il est maintenant incapable de se trouver la moindre valeur.

Luke redevient petit à petit un héros, mais, sa confiance en lui presque irrémédiablement brisée, il se demande continuellement quelle est sa légitimité dans ce rôle. Il voit toujours dans un autre la personne la mieux placée pour “sauver le monde”. Ici, Luke est véritablement l’incarnation de ce qu’on appelle le “syndrôme de l’imposteur”: un sentiment tenace que l’on ne mérite pas son emploi ou les compliments que l’on reçoit. Et en effet, Luke est réellement un imposteur, ou plutôt, il n’est pas celui qu’il croit être. Mais finalement, il réalise que ce qui rend légitime ses actions, ce n’est pas un quelconque titre ou les conditions de sa naissance, mais la confiance que ses amis lui portent et la justesse de ses choix.

Luke

Tales of the Abyss reste dans mon top 3 des Tales of. Je craignais qu’une deuxième partie ruine l’excellent souvenir que j’en avais gardé, et c’est le contraire qui s’est produit. Les thématiques abordées – la fatalité ou la liberté, la prédestination, la place de la religion, la guerre et ses méfaits – restent suffisamment larges pour parler au plus grand nombre et sont traitées avec beaucoup de finesse. Ma tolérance vis-à-vis des graphismes a elle nettement baissé, mais c’était à prévoir. C’est donc un jeu que je recommande aux fans de J-RPG, s’ils arrivent à se le procurer.

Pour Contre
Les personnages, et plus particulièrement le duo Luke/Asch  Le système de gestion des quêtes annexes
+ La bande-son  Les graphismes
+ Le message du jeu  L’absence de son pendant les saynètes
+ Le scénario

8 thoughts on “Concours rédactionnel 2018 – Sélection prix du public

  1. J’ai beaucoup aimé l’article sur Mini Metro, donc mon vote lui revient 🙂

    Mais j’ai beaucoup aimé les autres, bravo aux participants et aux participantes !

  2. Honte à moi! Je n’ai pas pris en compte qu’il n’y a qu’un seul fil de commentaires et pas un par chronique… Je vote donc pour Tales of the Abyss.

  3. Comme ça ne se fait pas de voter pour sa propre chronique, je vote pour celle-ci!
    Un jeu méconnu, un scénario intéressant, une chronique réussie.

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