The Dark Pool

Thornhill est un groupe de metalcore mélangé à du hardcore et du post-rock composé de cinq personnes – Jacob Charlton (chant), Ethan McCann (guitare), Ben Maida (batterie), Nick Sjogren (basse) et Matt Van Duppen (guitare) – originaire d’Australie. Formé en 2017, le groupe sort un permier EP, nommé Butterfly, en 2018. Conceptuellement abouti, l’EP rencontre un certain succès et laisse les fans et les curieux en attente d’un album. Après presque 18 mois, le groupe revient le 25 octobre 2019 avec son premier album : The Dark Pool. Est-ce qu’il vaut le détour ? Et comment ! Et pas qu’un peu…

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Toute la bande !

« Follow me to a land I made »

L’album est un accomplissement indéniable : ancré dans les racines du metalcore, il propose bien plus qu’une simple suite de musiques aux riffs lourdes et aux guitares grasses. En effet, en plus des éléments classiques d’un groupe de metalcore, Thornhill passe beaucoup de temps en post-production à créer et ajouter des effets sur les instruments : guitare atmosphérique et synthés planants, on y retrouve des éléments rappelant des chansons de post-rock comme on en trouve dans Apocryphal Gravity de Hubris (un excellent groupe fribourgeois que je ne peux que vous recommander !). De plus, Thornhill n’hésite pas à rester calme et à maintenir un ton assez doux, ce qui nous donne des passages aux qualités oniriques assez bluffantes. The Dark Pool est un parfait mélange de tous ces éléments, rendant ainsi l’écoute de l’album un voyage dans un monde assez étrange. Un monde qui, d’ailleurs, est, d’après Jacob Charlton : “It’s what you’d do in a crisis, like how people react in the face of death, which is pretty much “Where We Go…” is. Do you surrender? Do you give up? How do you cope? I think it’s really important. I think it’s really important to show visually too. You get so much emotion out of stuff like that.” Dans cette interview, Jacob explique que, pour lui, l’album est un questionnement sur les réactions des gens en cas de crise. Spécifiquement, comment on réagit et comment on décide d’y faire face. L’interviewer part ensuite dans un délire de superhéros, délire auquel Jacob semble adhérer mais uniquement d’un point de vue visuel, puisqu’il souligne : “I think as a music video-esque concept, there was one, but as the general meanings of each song, the only world was the world I was living in at the time of writing it. The world that was happening to me at the time.” En d’autres termes, The Dark Pool n’a pas été pensé comme un seul monde, mais plutôt comme une série de pièces qui, au final, forment un puzzle complexe composé de plusieurs univers.

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La cover de The Dark Pool

“What leads our future to decay?”

Mon avis sur la question est assez différent ; en même temps, les interprétations sont avant tout personnelles. Pour faire simple, je vois l’album comme un tout : il y a des thèmes récurrents, notamment l’anxiété, la peur de faire face au changement, des interrogations sur la mort, des questionnements sur l’amour et les relations humaines, bref, l’idée générale d’explorer les réactions humaines face à des crises me semble être une piste convaincante. En effet, si on ne se concentre que sur les paroles pendant un instant, on voit très bien qu’il y a un fil rouge. “Take all that I am, break the silver cord / I don’t belong in this world anymore” dans All the Light We Don’t See, “If I was in pain would you make it all stop?” et “I hear deafening voices coming from me / Given the power to control what I see / What I am inside, this flesh is turning blue” dans Coven, ou encore “Just face the fact we all live till we drown” dans Where We Go When We Die ; tous ces extraits nous montrent une forte anxiété liée à la mort et à une “fin du monde” imminente. C’est d’ailleurs une des interprétations que l’on peut avoir de l’album : plutôt que de l’imaginer se passer dans un monde différent, pourquoi ne pas imaginer qu’il se passe là, maintenant. En effet, nous sommes dans une période très anxiogène, l’alerte climatique n’a jamais été autant présente que cette année, et on peut, au travers de l’album, voir une tentative de vivre avec ce fait. On sent un profond regret pour ce qu’on est devenu, une rage pour ce qu’on n’a pas fait, un soupir d’abandon car on ne peut rien y faire, et, pourtant, un espoir ; l’espoir de voir les humains se reconnecter, d’abord entre eux, puis avec le monde qui les entoure. D’ailleurs, l’album commence avec Views From the Sun, dans laquelle il est dit “As the sun goes down / I don’t need you around”, et dans Where We Go When We Die, à la fin, est chanté “Well, what’s the point of life / If we can’t be together? / I need you here with me / I need you to remember”, comme si l’avis du “protagoniste” de l’album avait changé : passant du rejet de l’autre (ou de son propre monde ?) à un besoin viscéral de ne pas être seul.

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La cover de leur premier EP Butterfly

“Into the deep end, ready to swim / I’m ready to let the water in”

The Dark Pool nous encourage à nous plonger dans son univers. Si les paroles ne vous convainquent pas que c’est un album qui explore profondément des thèmes liés aux humains, sachez que l’album devait s’appeler Human à l’origine… Enfin bref, au-delà des paroles, Thornhill nous propose une expérience sonore comme j’en ai rarement vécue. Du début à la fin, The Dark Pool ne souhaite que nous immerger dans son ambiance : tantôt violente, tantôt calme, tantôt onirique, et tantôt un drôle de mélange de tous ces qualificatifs. Pour moi, il y a deux chansons qui représentent bien l’album : Red Summer et Where We Go When We Die. La première est un morceau intense qui se laisse savourer. Commençant avec un synthé calme avant de décupler son intensité sonore après le premier couplet. La fin de la chanson est terrible. Véritable apogée de ces quatre minutes trente, elle commence par demander : “I’m not strong enough / Can I wish that I could save them all?” suivi de :

“Well, I know someone somewhere is meant for you
Drowning in the dark pool
Body and mind not ready for love
Buried in ravens, hoping for doves
If someone somewhere could pick me up
I’m drowning in a pool of blood
Into the deep end, ready to swim
I’m ready to let the water in”

Peut-on souhaiter de sauver tout le monde ? Cette question, en plus de son intensité intrinsèque, est terriblement violente : le chant est d’une passion rarement égalée, on y sent un désespoir sincère. La suite est tout bonnement bouleversante. J’ai honnêtement du mal à mettre des mots dessus. On sent les regrets du narrateur, comme s’il essayait de se justifier (“Well, I know someone somewhere is meant for you”). Enfoncé dans ses remords, il est prêt à s’abandonner à son désespoir. Les instruments renforcent ce côté désespéré ; véritable crescendo du morceau, ce passage voit tous les instruments jouer des notes lourdes et lentes. Le chant est juste saisissant : les notes sont hautes, on y sent toute l’énergie et la passion de Jacob. Bref, comme j’ai déjà pu le dire, trop peu de mots sont adéquats pour parler de cette chanson ; je vous propose de l’écouter :

Where We Go When We Die est tout simplement l’apogée de l’album. Dernière chanson de l’expérience, elle commence immédiatement par une riff agressive. La guitare atmosphérique accompagne ce déferlement de puissance pour donner une spatialité très intéressante au morceau. Where We Go When We Die mélange tout ce qui fait de The Dark Pool un album exceptionnel : les passages calmes, les moments intenses où Jacob crie, les riffs violentes, et le côté post-rock que je ne peux décrire que comme ajoutant une touche onirique à la vague de musique qu’est ce titan. La fin, comme dans Red Summer, est le passage le plus intense du morceau. Cette fois, je ne vais même pas tenter de vous l’expliquer, je vous laisse le découvrir :

“Are we nothing at all?”

The Dark Pool est une véritable expérience auditive. Que vous soyez fans de metalcore ou non, je ne peux que vous recommander de la tenter : au pire, vous aurez découvert un album qui est objectivement bon, au mieux vous en sortirez changé, presque perdu après être sorti de l’écoute de tous ces morceaux. Peut-être y verrez-vous de l’espoir, peut-être y verrez-vous qu’une perspective sombre sur notre avenir. Mais surtout, vous y recevrez une sélection de sons qui, si vous vous laissez surprendre, ne vous laissera pas de marbre. Je vais être honnête, je hype l’album à mort mais je ne voudrais pas que cela vous fasse attendre plus que ce qu’il est. Cependant, ce fut un album qui m’a sincèrement touché, et j’espère pouvoir vous donner l’envie de le découvrir. Chaque fois que je l’écoute, j’oublie le temps qui passe, la fatigue, le stress : je deviens plus concentré, ou alors je m’y abandonne complètement jusqu’à la dernière seconde. C’est assez difficile à décrire. Bref, écoutez-le !

DigitalDW

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