Life Is Strange

Test Life is Strange

Développeur : Dontnod

Date de publication : 2015

Support : PC, Xbox

« Mais, La_Brise, à quoi ca sert de parler d’un jeu alors qu’on a déjà testé la suite ?». C’est sur cette question pleine de bon sens que je décida de tout de même écrire ce test de Life Is Strange, car ce n’est pas parce qu’on découvre un jeu 4 ans après sa sortie qu’on ne peut être un forceur avec. Bref, voici le test de Life Is Strange.

The Story of my Life

Life is Strange vous propose d’incarner Max, toute nouvelle étudiante en photographie à l’Université de Blackwell, et vous devrez enquêter sur la disparition de Rachel Amber, ancienne étudiante et accessoirement meilleure amie de Chloé, votre amie d’enfance. Subtilité du scenario, vous profitez de votre rentrée pour découvrir en vous un nouveau pouvoir, celui de remonter le temps à volonté. Ainsi, elle pourra voir le résultats de ses actions et ensuite choisir de les garder ou non. Si le déroulement de l’histoire n’a rien de surprenant (allant parfois vers la facilité), le jeu se démarque clairement par son ambiance et ses personnages. On se sent à l’aise dans cette université, avec ses cours, ses profs plus ou moins teigneux, ses abondantes soirées de tout et n’importe quoi mais aussi avec ses bullies, ses jeux de pouvoir, ses excès. On ressent réellement ce mélange de libertés nouvellement acquises et de carcans sociaux toujours présents. Les personnages gardent cette dualité, et s’inscrivent parfaitement dans celle-ci. Même s’ils présentent tous des caractères assez marqués, Dontnod arrive à dépasser l’image du cliché (un exploit dans le monde vidéoludique) en présentant une réelle profondeur dans la personnalité de chacun, mais aussi un naturel dans leurs interactions. A part l’antagoniste principal, on comprend les réactions des autres, les dégradés de gris dans leurs visions et actions, et surtout la trouble balance de la maturité et de l’innocence de tous ces adolescents. Cette justesse dans l’écriture facilite énormément l’empathie et l’attachement du joueur, à tel point qu’il en fait oublier les défauts de l’intrigue principale tant on cherche à voir évoluer chacune de ses âmes troublées.

88 mph

Life is Strange offre un aspect très film interactif, que ce soit par son format épisodique ou son abondance de cinématique. Cependant, il n’oublie pas son support vidéoludique originel. Le mécanisme de retour dans le temps est bien intégré à l’histoire et permet d’influencer le déroulement de celle-ci sans tomber dans la bête suite de choix à quelques moments clés. Le jeu nous met dans de nombreuses situation où il faudra faire preuve d’intelligence dans l’utilisation de son pouvoir, que ce soit pour arriver à ses fins sans erreurs ou pour pouvoir interagir différemment avec les autres personnages suivant les nouvelles informations en notre possession. Point positif, le jeu nous informe lorsqu’une de nos actions a un réel impact sur le cours de l’histoire et nous permet (dans la très grande majorité des cas) de revenir sur nos pas lors de ces choix. On a de ce fait une plus grande sensation de contrôle en comprenant la valeur de nos actions, mais aussi moins la frustration de ne pas savoir ce qui impactera vraiment l’histoire. En plus de ce pouvoir temporel, le jeu nous posera également quelques énigmes, qui, bien que d’une relative simplicité, nous forceront à être attentif à la fois à son environnement mais aussi à tout ce qu’il a pu apprendre le long de son aventure. Meme si on reste cependant loin de l’interactivité classique d’un jeu vidéo, on ne peut que saluer les efforts de Dontnod pour intégrer le joueur dans leur proposition.

 

Fig.1 Vous pouvez à tout moment remonter dans le temps et modifier vos actions

La beauté intérieure, ca compte aussi

Disons le tout de suite, le jeu n’est pas un modèle de beauté On pourrait lui reprocher la qualité variable de ses animations (qui malheureusement limitent parfois l’empathie envers les personnages), ses décors très fermés, l’aspect parfois « grossier » de certaines textures ou même le retard dans le chargement de certaines textures au lancement de certaines cinématiques (en tout cas sur Xbox One). Toutefois, la direction artistique arrive à rattraper beaucoup de ces défauts. L’aspect « pastel » et les jeux de lumières donnent un certain charme au jeu, et permet également de suggérer la présence de noumbreux détails sans avoir à les afficher distinctement. Les émotions et ambiances s’intègrent et se retranscrivent nettement dans le jeu des couleurs et leur mise en scène, ce qui, en finalité, renforce le réalisme du jeu facilitant l’empathie avec le joueur. Le doublage est de bonne qualité (en tout cas pour les personnages principaux) et ce sera plus le décalage entre le discours et l’animation du visage qui dérangera. Mention spéciale pour la musique du jeu qui s’adapte particulièrement bien au jeu, que ce soit par son style (guitare acoustique principalement) mais aussi ses propos, qui, bien qu’objectivement un peu « niais », s’adaptent particulièrement bien à cette atmosphère innocente et passionnelle de l’adolescente.

Fig. 2 Vous ferez très rapidement la rencontre de Chloé, personnage haut en couleur mais surtout fidèle alliée

Espresso Depresso

L’harmonie entre les personnages et leur environnement permet à Life is Strange de proposer un discours réellement pertinent sur beaucoup de sujets en n’étant ni dans la caricature, ni dans la moralisation. On comprend les souffrances de chacun, les faiblesses et fractures des fragiles adolescents pour s’y reconnaître (ou pas). Ainsi, même si le jeu nous confronte à des situations particulièrement dures (tels que le suicide ou la dépendance), il a l’intelligence de ne pas imposer de jugement sur ces comportements, mais d’au contraire de nous ouvrir à des problématiques de tous les jours mais qui pourtant semblent si lointaines. Cette franchise est d’autant plus appréciable que les choix offerts au joueur ne sont ni dans un schisme classique entre le bien et le mal, ni dans une sorte d’altruisme forcené. Ils montrent au contraire la complexité des relations humaines, mais aussi notre impuissance ou inaptitude face à la souffrance de l’autre. Preuve de cette honnêteté dans son discours, le jeu se permet même de proposer sur son site des numéros d’assistance au suicide ou au harcèlement à la fin de chaque épisode.

Malgré ses nombreux et réels défaut au niveau de la technique ou de l’écriture, Life Is Strange parvient tout de même à nous plonger dans son univers. On se sent réellement investi dans son histoire sans jamais être vraiment frustré. Même fini, le jeu continuera de vous travailler, que ce soit par ses simples personnages, ou par son bien plus profond discours sur les souffrances de chacun. Bref, un véritable plaisir de voir enfin un jeu vidéo ne pas être gauche sur des sujets sensibles.

Les Pours et Contres

Pour Contre
+ Une direction artistique efficace Ce n’est pas le plus beau des jeux
+ Des personnages bien écrits et bien exploités Histoire relativement prévisible
+ Le discours ni didactique ni simpliste

La_Brise

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