Spiritfarer

Installez-vous dans votre canapé et chauffez votre petite tisane du soir. Spiritfarer est un jeu qui prend son temps. Naviguez les mers du paradis pour permettre aux esprits de les accompagner dans leur ultime voyage. Ici la mort n’est pas triste et subite, mais elle se dessine lorsqu’on est prêt à partir et après avoir pris soin de faire un câlin aux gens qu’on aime.


Développeur et Éditeur : Thunder Lotus Games
Date de sortie :
18 août 2020
Plateformes : Nintendo Switch, PS4, Xbox One, Stadia, PC, Linux, macOS
Genre : Jeu de gestion narratif

La mort vous va si bien

C’est une belle soirée d’été au large. Le pop corn chauffe aux fourneaux et le blé moud paisiblement au moulin. La plupart des passagers de notre navire se reposent calmement dans leur chambre. Cependant, la vieille Alice a du mal à dormir et décide de se confier à nous. Après un agréable séjour en notre compagnie, elle nous annonce avoir réfléchi et décide de franchir le portail de l’Everdoor pour aller vers l’au-delà.

Dans cette œuvre du studio québecois Thunder Lotus Games, nous incarnons la jeune Stella accompagnée par son petit chat Daffodil. Ce binôme de choc a le drôle de travail d’accueillir sur son bateau les esprits de défunts afin qu’ils puissent passer le plus agréable des moments avant de laisser reposer leur âme. On devra donc s’inventer cuisinier, agriculteur, capitaine ou encore forgeron dans Spiritfarer. Une passagère n’acceptera pas de manger de viande tandis qu’un autre aura l’exigence d’un grand gourmet. Il faudra donc planter des arbres fruitiers, des céréales ou des légumes pour subvenir à leurs besoins. Nos voyageurs souhaiteront également avoir le plus beau des logis sur notre navire. On devra visiter différentes iles pour y collecter minerais, bois ou encore pierres précieuses. Au fil du jeu, les maisons vides se multiplient pour nous rappeler le souvenir des nos anciens amis.

Un des plus beaux jeux de l’année

Spiritfarer est ainsi un jeu de gestion cozy sans chronomètre intrusif ni personnages impatients. On prend son temps pour placer les maisons au bon endroit, couper du bois, couler du quartz ou encore discuter de la vie et de la mort avec nos passagers. Les aspects graphiques et artistiques font un sans faute en s’accordant parfaitement à l’ambiance du jeu. Les animations sont une des plus grandes réussites du jeu, on s’amuse à caresser son petit chat, à faire des câlins aux passagers et à admirer la chevelure de Stella. Les personnages, anthropomorphes, sont modélisés avec grand soin et sont très bien écrits. On apprécie suivre l’histoire de Summer notre serpent professeure de yoga ou Astrid la révolutionnaire marxiste. On s’attache ainsi facilement à eux et on prend plaisir à les accompagner dans leur quêtes. C’est ainsi d’autant plus dur de devoir les quitter.

Un gameplay malheureusement redondant

L’aventure bénéficie d’une carte nous encourageant à nous déplacer pour collecter de nouvelles ressources  et rencontrer de futurs passagers. Il faudra souvent améliorer son vaisseau pour accéder aux zones inaccessibles, agrandir notre capacité de construction ou débloquer de nouveaux bâtiments. Malheureusement, on finit assez rapidement par répéter les mêmes routines quelque peu lassantes. Les activités telles que couper du bois ou alimenter son moulin bénéficient de mini jeux très basiques et c’est le point le plus négatif du jeu. On admire la musique, les environnements et les personnages mais il manque une pointe de folie niveau jouabilité.

Encore et encore, en mode relax

Le propre d’un jeu de gestion comme celui-ci est malheureusement d’avoir des fondements relativement répétitifs dans ses mécaniques de bases : en effet, quand toutes les actions possibles avec Stella sont débloquées, il devient difficile de se réinventer continuellement. En ce sens, Spiritfarer peut sembler quelque peu lassant à la longue, car trop routinier. Pourtant, il s’agit là d’un point central de la narration du jeu : on accompagne des âmes dans leurs derniers voyages avant l’au-delà. On les chouchoute, on les nourrit, on les aide à surpasser leur peur mourir, ou les difficultés de leur vie passée. Il y a quelque chose de profondément relaxant et grisant à se laisser emporter au gré des vagues sur notre navire. Il n’y a aucun timer, aucune action limitée dans le temps ; on prend les choses comme elles viennent. À mesure que l’on apaise les tourments de nos invités, de nouvelles zones deviennent accessible, toutes avec une esthétique différente, des missions supplémentaires, des rencontres inattendues. De cette façon, le jeu garde un sens de la progression au-delà des activités répétées chaque jour. En soi, l’ambition ludo-narrative de Spiritfarer, représenter le quotidien et le partage de souvenir avant la mort, est réussie justement par son gameplay somme toute répétitif, mais chargé de sens ; c’est en suivant doucement le courant que Spiritfarer parvient, sans prétention, à délivrer une aventure reposante remplie de récits poignants et d’adieux déchirants.

Là où la mer rejoint le ciel

Spiritfarer est le jeu qui fera du bien à celles et ceux en manque de voyage durant cette année particulière. Saluons ces jeux pacifiques tels qu’Outer Wilds, qui osent titiller notre envie de prendre le large pour la simple beauté du voyage et non notre envie primaire d’en découdre avec un ennemi. L’œuvre offre également une vision de la mort fondamentalement positiviste, qui marque une réflexion se faisant parfois trop rare dans le paysage vidéoludique. Nos passagers nous quittent parce qu’ils sont prêts à passer à autre chose et nous n’avons pas d’autre choix que de l’accepter, ils laissent alors derrière eux le souvenir des moments partagés avec eux, ainsi que leur maison maintenant inhabitée. C’est à la fois simple et profondément touchant, et met en perspective notre propre rapport à la vie, à la mort, mais également à autrui, et aux moments que l’on passe avec celles et ceux qui nous sont proches.

Pour Contre
+ Le deuil traité calmement et intelligemment Un gameplay répétitif qui peut déplaire
+ Une réussite technique par tous les aspects
+ Une excellente écriture qui donne envie d’en voir plus

Will PietrakAnte

 

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