Hades

Disponible en accès anticipé depuis maintenant deux ans, le dernier né du studio Supergiant Games, Hades, sort enfin dans sa forme définitive, 3 ans après Pyre. Revenant aux traditions hack’n’slash de Bastion et de Transistor, Hades s’essaie au genre du rogue-like, et c’est réussi.

Développeur : Supergiant Games
Date de sortie : 17 septembre 2020
Genres : Rogue-like, Hack’n’slash
Plateforme : PC, Mac, Switch

Sortir à tout prix

Zagreus, fils de Hadès, cherche à s’échapper des Enfers, royaume de son père qu’il ne parvient pas à supporter et dont il est le prince. Rêvant de l’Olympe, il se met en tête de s’enfuit, peu importe les efforts nécessaires. S’aventurant dans le Tartare, Zagreus finit par succomber aux monstres et esprits l’attaquant… avant de ressusciter. Têtu, il se décide à retenter sa chance à travers les Enfers. Encore. Et Encore. Jusqu’à ce qu’il soit enfin dehors.

On peut comprendre vouloir quitter l’endroit.

Pensant d’abord être aidé par sa mère Nyx, le jeune prince découvre peu à peu ses origines et les mensonges qui les entourent, notamment le fait qu’il est en réalité le fils de Perséphone. Voulant à tout prix voir sa mère, il combat son père à l’entrée des Enfers et la rencontre enfin… en découvrant des secrets plus sombres encore. Perséphone a fui Hadès suite à son accouchement, où Zagreus est mort en couche. Il est plus tard ramené à la vie par Nyx, qui devint sa mère de substitution. Pire encore, il est éternellement lié au royaume des morts, et ne peut vivre en-dehors de ce dernier très longtemps. Il est donc condamné à répéter son combat pour la rejoindre, encore et toujours…

Une histoire de famille

Contrairement à ses prédécesseurs, Hades est un jeu qui parle de la famille et des liens qui unifient et séparent les gens. Cela se remarque à plusieurs niveaux. D’abord, l’histoire de Zagreus et de ses parents, qui est tragique à bien des égards. Perséphone a quitté Hadès par culpabilité et s’est réfugiée entre l’Olympe et les Enfers, car elle a l’impression de n’avoir sa place nulle part. Hadès, se cachant derrière une colère noire, est toujours en deuil de sa bien-aimée qu’il n’a plus revu depuis une éternité, tandis que son fils est tiraillé entre son père, qu’il apprend à aimer au terme de son aventure, et sa mère, qu’il souhaiterait rejoindre, ce qui lui est impossible. Sans oublier Nyx, mère adoptive de Zagreus, qui doit vivre dans l’ombre des autres, éternellement étrangère au reste de la famille. Ces tensions sont palpables et disséminées dans moult dialogues entre Zagreus et les différents protagonistes. L’écriture, aux petits oignons, rappelle celle de Pyre, qui mettait aussi à l’honneur les relations interpersonnelles entre des fugitifs révolutionnaires qui apprenaient à se connaître.

Mais la famille concerne aussi le reste des personnage. En effet, l’Olympe et ses Dieux sont tous parents, qu’ils soient pères, mères, frères, sœurs, cousins ou cousines. En décidant d’aider Zagreus à s’enfuir, ces derniers et dernières entrent directement en conflit avec Hadès, qui se sent persécuté et attaqué comme cela fut une fois le cas. L’histoire prend donc place dans une vaste famille divine, où Zagreus essaie de trouver sa place et le sens de son existence.

Hadès a quelque peu la haine envers son frère…

Sisyphe, quel supplice

Dans sa nature de rogue-like, Hades est extrêmement répétitif. En effet, pour être complété, il est nécessaire de parvenir à s’échapper des Enfers à plusieurs reprises, ce qui en soit est très long, sans compter les nombreux essais nécessaires à la réussite d’une run. Il va sans dire que cela peut en décourager plus d’un, d’autant que les mécaniques de bases ne changent pas tant que ça au fur et à mesure de nos tentatives.

Le jeu se structure sur une base de hack’n’slash solide, proposant un set de mouvements complet, allant de l’attaque de base à l’attaque spéciale en passant par un dash et une attaque projectile. On progresse en s’équipant, en début de partie, d’une arme sur un choix de six, toutes au gameplay différent. L’arc par exemple permet d’attaquer à distance et avec de lourds dégâts mais nous rend plutôt statique et lent, tandis que l’épée frappe rapidement mais moins fort, etc. À nous de trouver le style qui nous convient le mieux même si le jeu nous force à varier nos styles de jeu pour faire avancer l’histoire, ainsi que pour profiter de bonus à chaque run.

Arc, épée ou bouclier, à vous de choisir vos armes.

Lors de son échappée des Enfers, Zagreus sera aidé par les dieux de l’Olympe, qui lui donneront effets et bonus de dégât. Les pouvoirs des dieux dépendent de qui nous les offre : Zeus nous donne des effets électriques, Dionysos rend les ennemis ivres, tandis qu’Aphrodite nous permet de charmer ceux qui nous attaquent, etc. Le prince des Enfers trouvera également l’aide d’autres personnages issus de la mythologie grecque, comme Charon, qui nous vend des objets, ou Sisyphe, qui nous offre de la vie ou de l’expérience. À nous donc de combiner les effets pour être le plus destructeur.

Chaque dieu a aussi son caractère, ici Dionysos le fêtard.

Là où le jeu prend des aspects rogue-like, c’est tout d’abord dans son format de successions de runs au contenu aléatoire. Aucune partie ne sera identique à la précédente, et il est à chaque fois nécessaire de s’adapter à ce que l’on collecte. Hades est aussi un rogue-like dans sa progression, qui mise sur la répétition de runs pour récolter des objets, monnaies et de l’expérience de devenir plus fort sur le long terme. Ainsi, on récupère des cristaux de ténèbres qui servent à améliorer nos capacités, des gemmes pour embellir le hall dans lequel siège Hadès et le reste des Enfers, des clés pour obtenir de nouvelles armes et compétences, ainsi que des items de boss. Au fur et à mesure que l’on enchaîne les parties, Zagreus devient plus fort et nos parties plus faciles, ce qui permet de réaliser les runs nécessaires à atteindre la conclusion, tout en proposant un sens de la progression relativement lent mais tout de même palpable. Cela est d’autant plus appréciable que le jeu, pour les non-adeptes, peut s’avérer plutôt difficile et frustrant. Le tout n’en demeure pas moins jubilatoire, surtout quand on parvient à surmonter une épreuve sur laquelle on bute depuis plusieurs tentatives.

À mon sens le boss le plus dur du jeu, Thésée et le Minotaure…

Un style d’enfer

Comme il est coutume chez Supergiant Games, le jeu est un bijou pour la rétine. Détaillé, coloré, fin, dynamique, difficile de tarir d’éloge. Profitant d’une patte graphique 3D dans un moteur 2D isométrique pour les phases de jeu, Hades fait la part belle aux effets lors des combats. Flash, vagues d’énergie, projectiles, il est parfois presque difficile de s’y retrouver tant il y a de détails et d’éléments en mouvement. Pour la narration en revanche, on retrouve les habituelles bulles de texte accompagnées de somptueuses illustrations. Profiter d’un jeu Supergiant Games se fait tout autant par le gameplay et l’histoire que par les graphismes, qui sont ici à saluer.

Dire que ça fourmille de détaille est un euphémisme, et ce n’est que le premier tableau d’une run…

Darren Korb, mon amour

Je ne cesse d’être épaté par la versatilité et la diversité dont le compositeur Darren Korb fait preuve. Toujours là pour dynamiser les œuvres du studio, il démontre encore une fois son talent avec une bande-son rappelant celle de Pyre, mais avec plus d’éléments rock, et une agressivité bien plus poussée que dans ses ouvrages précédents.


La musique du boss final, Hadès, mémorable et explosive.

Sempiternel

La répétition repoussera plus d’une personne, mais elle inhérente au style auquel s’essaient les développeurs. Maîtrisé à la perfection, Hades démontre non seulement comment faire un bon rogue-like, mais également comment lier gameplay et narration : la répétitivité fait partie intégrante de l’histoire qui nous est racontée, du supplice que vit Zagreus, à devoir se battre pour quitter les Enfers l’espace de quelques instants avant de devoir y retourner aussitôt. Subtil, amusant, touchant, le dernier-né de Supergiant Games ravira les fans du genre, tout en permettant de l’introduire aux néophytes avec un mode facile. Une réussite qui restera dans ma mémoire et dans celle du genre.

Pour Contre
+ Les graphismes somptueux Le côté répétitif peut lasser
+ La bande son incroyable
+ Les doublages et l’écriture de qualité
+ La dimension ludo-narrative intéressante
+ Le gameplay simple et évolutif
+ La difficulté qui évolue peu à peu
+ L’histoire touchante

Ante

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