Le cosplay – Rencontre avec Kaali #1

Justine, alias Kaali, est une cosplayeuse de talent actuellement étudiante en master de géosciences à l’Unil. Elle s’adonne à cette pratique depuis 2013 et y investit beaucoup de temps et d’énergie, à tel point qu’elle a remporté cette année l’un des concours par groupe du festival Polymanga. La gloire ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque cette victoire lui vaut par la même occasion, tout comme à son amie Chech, de représenter la Suisse à la gigantesque Japan Expo de Paris quelques mois après !

Également grande amatrice de jeux vidéo, Kaali suit l’aventure Pixels depuis la création de l’association. L’envie de la questionner sur sa passion nous titillait depuis un bout de temps, et c’est à l’occasion d’un petit café que nous plongeons avec elle dans cet univers méconnu. Dans cette première partie d’interview, nous faisons connaissance avec Kaali et parlons de la création des costumes.

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Chère Kaali, comment t’es venue l’envie de te lancer dans le cosplay ?

Jamais de ma vie je n’aurais imaginé faire du cosplay ! En fait… jamais je n’aurais pensé pouvoir faire quelque chose de mes mains… Je n’avais pas du tout confiance en moi à ce niveau-là et c’est ma meilleure amie, Chech cosplay, qui vient de terminer son master de criminologie à l’Unil, qui m’a invitée à venir la voir sur scène. Là je me suis dit « Ouais… c’est sympa. Pourquoi pas essayer ? ». Je n’avais aucune base en couture mais Chech me les a apprises, et le premier truc que j’ai fait a été le manteau d’Edward (héros du manga Full Metal Alchemist).

C’était ton tout premier cosplay ?

Ouais, enfin… si on peut appeler ça comme ça (rires). J’ai aussi réalisé l’automail d’Edward (bras mécanique) à l’aide de mon chéri qui m’a appris à travailler le métal, et son sous-pull qui est assez spécial.

J’ai entendu dire qu’il y avait plusieurs genres de cosplay. Quelle type de cosplayeuse es-tu ?

Je me cherche encore un petit peu de ce côté-là, j’ai envie de faire un peu de tout. Au départ je ne me suis intéressée qu’à des personnages plutôt sérieux, comme Shae de Games of Thrones ou encore Tyrande et Jaina de World of Warcraft (Jaina étant un de mes futurs projets) ; et même si j’ai récemment pu m’essayer à une attitude plus « kawaï » et gamine qui m’a bien plu avec Flora de Pokemon, je me sens plus proche des personnages classes et « badass ».

De tous les cosplays que tu as réalisés jusqu’à aujourd’hui, quel est ton préféré ?

C’est une question compliquée… Celui qui m’a pris le plus de temps et qui me représente le plus c’est Tyrande, car j’adore l’univers de Warcraft. Après je ne sais pas si c’est mon préféré parce que c’est aussi le plus difficile à porter… J’hésite donc entre celui-ci et Flora, qui est un costume tout bête mais que j’ai eu beaucoup de plaisir à mettre. Les gens m’ont aussi assimilée à ce personnage ; maintenant, même si je porte un autre costume, beaucoup m’appellent Flora… Et puis, au niveau des émotions et de l’expérience vécue ça serait plutôt Rosette (Chrono Crusade) car je l’ai porté à l’occasion du concours de groupe de Polymanga, justement avec ma meilleure amie, et qu’on a en plus gagné!

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(Rires) Donc si je comprends bien tu les aimes tous pour des raisons différentes ?

Oui ! Mais celui dont je suis la plus fière reste Tyrande, avec tout le travail que m’ont demandé l’arc et les brassards. Je dois dire que je suis beaucoup plus armure que couture.

Combien de temps est-ce que ça prend de réaliser un costume ?

Ca dépend. Pour Flora je dirais 30-40 heures, mais pour Tyrande plutôt 250.

250 heures ?! Ah ouais… La différence est impressionnante!

Oui, je dirais que j’ai passé 150 heures sur l’arc et 100 heures sur le reste. Le temps qu’on y passe dépend beaucoup du niveau de détail. Pour Tyrande il y avait énormément de choses à penser : les oreilles d’elfes de la nuit (pas le genre de choses que tu trouves sur internet), de tout petits bijoux, … En fait pas mal de petites choses qui, tu le sais en tant que cosplayeuse, doivent figurer sur le costume pour qu’il soit complet ! La première fois que je l’ai porté, à Japan Impact, je n’étais pas à l’aise parce qu’il manquait plusieurs éléments, comme les faux ongles et les oreilles… C’est des détails que personne ne remarque, mais moi je ne pensais qu’à ça et c’était très désagréable.

J’imagine qu’un costume complexe comme celui-ci nécessite beaucoup de matériaux et de techniques différentes…

Absolument ! Par exemple, le brassard que je portais au bras gauche était tout en Worbla (matière thermoformable) ; pour faire les gemmes il m’a fallu de la résine, des colorants et des leds; pour d’autres pièces encore j’ai utilisé du Worbla Deco Art ou de la Patarev que j’ai commandée en France. Ensuite il faut apprendre à travailler avec toutes ces matières, et surtout réfléchir à laquelle tu vas utiliser pour quelle pièce et pourquoi. Typiquement, le Worbla est tellement rigide que suivant la partie du corps sur laquelle tu le places tu ne pourras plus t’asseoir…

Côté couture, il n’était par exemple pas question d’utiliser du coton basique pour la robe de Tyrande qui est une noble prêtresse, tout comme je ne pouvais pas utiliser du polyester pour Rosette qui est un personnage des années 20. Pour Flora c’était plus simple : « un bout de coton que tu peux acheter au coin de la rue, un vieux t-shirt, on découpe, on assemble… et voilà ! (rires)»

C’est quoi le plus dur, la couture ou le modelage ?

La couture, c’est horrible ! Certains te diront le contraire, mais personnellement je trouve très difficile d’imaginer le rendu final en 3D à partir d’un patron plat… Pour faire une manche, tu aurais tendance à découper un simple rectangle, alors qu’en réalité c’est beaucoup plus compliqué ! Le pire a été le serre-taille de Tyrande, il fallait l’adapter précisément à la forme de mon corps, c’était le bordel ! Pour une pièce plus simple comme le short de Flora, il suffit d’en attraper un dans ton armoire et de regarder comment il est fait… mais un corset… c’est une autre histoire.

Pour la jupe de Tyrande je voulais quelque chose de léger, qui vole, eh ben ça a demandé un morceau de tissus de 6 mètres de long découpé en 3/4 de cercle !

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Il doit y avoir certaines pièces qui sont impossibles ou très difficiles à fabriquer soi-même, non ?

Oui, il y a typiquement 2 pièces qui ne sont généralement pas fabriquées par les cosplayeurs : la perruque et les chaussures. Après, bien sûr, on les customise. Les chaussures que j’ai utilisées pour Rosette, par exemple, c’était une ancienne paire de bottes que je ne mettais plus parce qu’elles étaient trouées au dessous. J’y ai ajouté du tissus et j’ai réparé la semelle avec de la mousse. Pour Tyrande, j’ai bricolé la plupart des bijoux en m’amusant à assembler des chaînes, mais je voulais quelque chose de vraiment joli pour le pendentif alors je l’ai acheté.

Et les longues oreilles de Tyrande ?

Ca je les ai faites moi-même ! J’ai mesuré leurs proportions, je les ai dessinées et découpées dans de la Créamousse, puis je les ai recouvertes de Patarev. Tu vois ce que c’est?

Euh… non.

C’est une pâte colorée géniale et super légère, qui rebondit un peu comme de la gomme et avec laquelle tu peux vraiment faire plein de choses ! Ca m’a permis de modeler tous les petits reliefs d’une oreille réaliste.

J’ai vu sur tes photos de Tyrande que tu portais aussi des sourcils bleus très impressionnants !

(Rires) Oui, les fameux sourcils d’elfes de la nuit. Pour les faire j’ai regardé différents tutoriels et j’ai finalement opté pour une combinaison de tout ce que j’ai trouvé parce qu’aucune méthode ne me satisfaisait complètement. Pour avoir la même couleur que les cheveux j’ai coupé une mèche de ma perruque à un endroit où ça ne se voyait pas, puis j’ai utilisé différentes colles dont de la colle à tissus, qui est très légère et transparente, pour obtenir un effet duveteux et naturel plutôt que cartonné. Mais le plus drôle c’est de les coller sur ses propres sourcils avec de la colle pour faux-cils, je me les suis bien épilés en les décollant de mon visage !

(Rires) Je rassure nos lecteurs, Justine a encore de beaux sourcils ! Et tout ça, est-ce que ça coûte cher ? Quel budget faut-il ? Est-ce qu’on est condamné à manger des pâtes à tous les repas pour être cosplayeur ?

Ouiii (rires)! Des soupes et des pâtes ! Non, quand même, mais pour Tyrande j’ai bien mis 700.- je pense. Après j’ai commencé le costume il y’a deux ans, donc ça va si on y réfléchit. Mais c’est vrai que ça n’est pas le hobby le plus abordable, surtout en Suisse où le tissus et autres matériaux sont super chers. Un coton basique coûte par exemple 12.- le mètre chez nous, alors qu’en France ça sera plutôt 5€. On peut bien sûr commander, mais les frais de port sont également élevés. Heureusement, on peut souvent réutiliser les choses. Le Worbla coûte par exemple 100.- la plaque mais tu peux réchauffer et réassembler toutes les chutes pour modeler d’autres objets. Moi ça fait un an et demi que j’ai la mienne. Mon amie Chech a par exemple utilisé plein de petits morceaux pour réaliser les écailles des dragons de Daenerys. Alors oui, c’est cher, d’autant plus si tu comptes les déplacements et les entrées aux conventions. Heureusement, quand on fait les concours, il y a au moins l’entrée à la convention de gratuite… Sauf dans une convention en France où on a dû payer nos entrées et faire la queue sous la pluie comme tout le monde…

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Ne manquez pas la suite de l’interview de Kaali pour en savoir plus sur les conventions et les communautés de cosplayeurs !

Fenisk

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